Publié le 15 mai 2019

ÉNERGIE

Les projets d’investissement des compagnies pétrolières et gazières mettent en péril les objectifs climatiques

L’industrie pétrolière et gazière prévoit d’investir près de 5000 milliards de dollars dans les dix ans pour explorer de nouvelles ressources potentielles. Des projets qui sont "aux antipodes" des objectifs climatiques définis par l’Accord de Paris, selon un rapport de l’ONG Global Witness. Selon le rapport, tous les investissements dans de nouveaux champs gaziers et pétrolifères sont incompatibles avec l’objectif de contenir le réchauffement à +1,5°C.

Selon Global Witness, les projets d'investissements dans de nouveaux champs pétroliers et gaziers sont incompatibles avec l'objectif de contenir le réchauffement climatique à +1,5°.
@Woodside

Les projets des grandes compagnies pétrolières d'investir près de 5000 milliards de dollars dans l'exploration de nouvelles ressources fossiles sont "aux antipodes" des objectifs de lutte contre le réchauffement climatique, selon un rapport de l’ONG Global Witness publié en avril.

Alors que les émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement de la planète continuent d'augmenter, les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) ont tiré la sonnette d'alarme en octobre dernier. L'objectif de l'Accord de Paris de limiter le réchauffement idéalement à +1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle ne pourra pas être tenu si les émissions continuent à ce niveau. Un changement drastique de la société est nécessaire, passant notamment par un retrait à très court terme du pétrole, du gaz et du charbon.

Une recommandation dont les majors pétrolières et gazières ne semblent pas tenir compte. Elles prévoient d'investir, dans les prochaines années, plusieurs dizaines de milliards de dollars dans l'exploration et le développement de nouveaux champs. Ces projets "sont très loin d'être compatibles avec l'objectif de +1,5°C, ils sont aux antipodes de ce dont nous avons besoin", estime Murray Worthy, auteur principal du rapport de Global Witness.

Des prévisions d’investissement en forte hausse

L'organisation a comparé les conclusions du Giec aux prévisions des analystes de marché sur l'investissements des entreprises. Comme le Giec, elle a exclu tout rôle majeur du captage et stockage de carbone (CCS), technologie qui, affirment les géants du pétrole, permettrait de continuer à utiliser les énergies fossiles en réabsorbant le CO2 émis dans l'atmosphère. "Si vous retirez ça, vous avez besoin d’une réduction (de la production) de pétrole de 40% d'ici 2030", assure Murray Worthy, alors que les prévisions tablent sur une augmentation de cette production de 12% d'ici cette date.

Les investissements dans l'exploration se sont stabilisés après des années de prix bas du pétrole. Mais ils devraient augmenter de 85% d'ici 10 ans, pour atteindre plus de 1000 milliards de dollars par an. "Les plans de l'industrie des énergies fossiles sont incompatibles avec un climat sûr et habitable", insiste Murray Worthy. Selon le rapport de l’ONG, toute production de champs pétrolifères ou gaziers supplémentaires par rapport aux champs déjà en service actuellement serait incompatible avec l’objectif de l’Accord de Paris. Quant aux champs existants, 9% des prévisions de production de pétrole et 6% de celles de gaz sont de trop et mettent en péril l’objectif de +1,5°C.

Pourtant, d’après les analystes de Rystad Energy, ExxonMobil prévoit d'investir 149 milliards de dollars dans de nouveaux champs pétroliers dans la prochaine décennie. De son côté, une porte-parole de Shell, qui devrait investir 106 milliards dans de nouveaux champs pétroliers et 43 milliards dans de nouveaux champs gaziers dans les 10 ans à venir, a rappelé l’attachement du groupe anglo-néerlandais à l'Accord de Paris. "Le gaz et le pétrole seront nécessaires pendant la transition énergétique" vers une économie bas-carbone, a-t-elle certifié.

L’américain Chevron prévoit quant à lui de dépenser 78 milliards de dollars dans de nouveaux champs pétroliers d'ici 2029. Un porte-parole assure toutefois que le groupe investit "dans des technologies et des opportunités économiques bas-carbone qui pourraient réduire les émissions".

La rédaction avec AFP


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