Publié le 01 décembre 2021

ÉNERGIE

La France ne soutient pas le projet gazier TotalEnergies en Arctique

C'est une victoire en demi-teinte. La France a finalement décidé de ne pas soutenir le projet gazier de TotalEnergies en Arctique, de même qu'aucune banque française. Mais l'énergéticien vient d'annoncer avoir quand même bouclé son tour de table. Le projet est situé dans une région déjà largement fragilisée par le réchauffement climatique. 

Arctic LNG2 Total projet gazier arctique Novatek RU
TotalEnergies a levé 10 milliards d'euros pour son second projet gazier en Arctique, Arctic LNG2.
@novatek.ru

C’est une pluie de félicitations qui déferle sur les réseaux sociaux pour saluer le fait que la France ne soutiendra finalement pas Arctic LNG2, le gigantesque projet gazier de TotalEnergies en Arctique. "Le retrait de la France d’un tel projet est un signal fort. Emmanuel Macron admet indirectement que continuer à extraire du gaz est problématique pour le climat et la biodiversité. Ce faisant, il désavoue sa propre politique adoptée en 2020 qui permet à la Banque Publique d’Investissement de soutenir des projets d’exploitation gazière jusqu’en 2035" analyse Anna-Lena Rebaud, chargée de campagne aux Amis de la Terre.

Il y a un an, Le Monde révélait que la France s’apprêtait à soutenir ce projet grâce à une garantie à l’export de 700 millions d’euros. Depuis lors, les ONG, parmi lesquelles Les Amis de la Terre France, SumOfUs et 350.org, n’ont cessé de faire pression sur l’énergéticien français mais aussi auprès du gouvernement au travers de nombreuses mobilisations et une pétition soutenue par plus de 200 000 personnes. "Encore une fois, la mobilisation citoyenne porte ses fruits face à un gouvernement adepte des renoncements devant l’urgence climatique", réagit Leyla Larbi, chargée de campagnes chez SumOfUs. 

Pomper du gaz dans une région qui se réchauffe déjà trois fois plus vite

Le projet, porté par l'entreprise russe Novatek et TotalEnergies (20% de participation) est de construire trois unités de liquéfaction du gaz sur le sol sibérien, dans "une région qui se réchauffe trois fois plus vite que le reste de la planète" dénoncent les ONG. "Il produira près de vingt millions de tonnes de gaz liquéfié (GNL) par an et profitera de la fonte des glaces pour exporter sa production en Europe et en Asie par la route maritime du Nord. L’extraction d’hydrocarbures et la construction des infrastructures associées dans un écosystème aussi fragile ont également de graves conséquences sur la biodiversité" rappellent-elles dans un communiqué.

Si la France a finalement décidé de se retirer, de même que les banques commerciales françaises, TotalEnergies a annoncé mardi 30 novembre que l’ensemble des financements nécessaires avaient quand même été levés, soit près de dix milliards d'euros. Des banques chinoises et russes ont notamment participé au tour de table, et des garanties publiques japonaises et italiennes mobilisées. Il s'agit du deuxième projet de TotalEnergies dans la région après celui de Yamal LNG, mis en service en 2017 et suit la logique de l'énergéticien de faire du gaz une énergie de transition. Sa mise en service totale est prévue pour 2025.

Pour atteindre l'objectif climatique porté par l'Accord de Paris, l'humanité doit décroître sa production de pétrole et de gaz de 3 % par an d'ici 2050, selon une étude publiée dans Nature. Cela signifie qu'il est nécessaire de laisser sous terre plus de la moitié de ces réserves de pétrole et 90 % des réserves de charbon. Et selon l’Agence internationale de l’énergie, plus aucun investissement ne doit aller à de nouveaux projets d’hydrocarbures, y compris de gaz fossile. Lors de la COP26, la France, après avoir tergiversé, s’est finalement engagée aux côtés d'une quarantaine de pays et institutions à cesser les soutiens aux projets d’énergies fossiles à l’étranger.      

Concepcion Alvarez @conce1


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