Publié le 29 mai 2015

ÉNERGIE

Exxon et Chevron refusent d’avoir un expert climat dans leur conseil d’administration

Les assemblées générales (AG) d’Exxon et Chevron, les deux principales compagnies pétrolières américaines, avaient lieu le même jour, ce jeudi 28 mai. À l’ordre du jour pour les deux AG, des résolutions sur le climat qui ont obtenu des scores très faibles, à l’inverse des AG de leurs homologues européennes, Shell et BP. Chevron et Exxon n’auront donc pas d’expert du climat indépendant dans leur conseil d’administration, et devraient continuer à contester l’importance du risque carbone.

Photo d'illustration
Andy Buchanan / AFP

Les organisations qui ont déposé avec succès des résolutions sur le climat aux assemblées générales de Shell et BP ont tenté d’obtenir des résultats similaires aux États-Unis, auprès des deux principales compagnies pétrolières Exxon et Chevron. En vain.

Elles ciblaient plus particulièrement Chevron. Une résolution, déposée à l’assemblée générale, demandait de mettre en œuvre une politique de rémunération des actionnaires tenant compte des risques induits par le changement climatique. Elle enjoignait aussi la compagnie de prendre en compte la baisse prévisible des profits annoncée par la montée en puissance du risque carbone, et le coût de plus en plus élevé de l’exploitation pétrolière, en particulier pour les projets non conventionnels.

 

Une campagne citoyenne aux résultats décevants

 

Une campagne, incitant les citoyens à faire pression sur leurs fonds de pension pour qu’ils soutiennent la résolution, a été lancée. Mais elle n’a pas fait le poids puisqu’elle n’a recueilli que 4 % des voix. Pour les experts, cette résolution est un signal d’alerte qu’il ne faut pas négliger pour autant. "Le risque de pertes financières importantes pour les nouveaux projets pétroliers augmente tous les jours, surtout s’ils coûtent très cher et sont très émetteurs de carbone" explique Mark Lewis, analyste et coordinateur transition énergétique et changement climatique pour Kepler Cheuvreux. "Les investisseurs seront de plus en plus sensibles au risque climatique des compagnies pétrolières, d’autant plus s’ils sont la cible de campagnes de désinvestissement."

Pour l’instant, un peu moins de 10 % des actionnaires de Chevron ont voté en faveur d’une autre résolution, qui demandait à la compagnie de se donner des objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Enfin, 20 % ont soutenu l’élection d’un administrateur indépendant en charge du climat.

À l’AG d’Exxon, une résolution proposait elle aussi la nomination d’un administrateur responsable du climat, mais le score a été le même : 80 % de refus.

 

Les compagnies pétrolières sous pression

 

À la différence des AG de Shell et BP, où les résolutions sur le climat ont été approuvées à la quasi-unanimité des voix, les dirigeants de Chevron et Exxon avaient appelé à voter contre. C’est l’une des raisons pour lesquelles les grands fonds de pension américains, à l’instar du Californien CalPERS, ne leur ont pas apporté leur soutien.

Mais en dépit du rejet de ces résolutions, les compagnies pétrolières restent sous pression. Il est vraisemblable que même les plus résistantes devront, à terme, limiter leurs investissements dans des projets pétroliers, de plus en plus risqués. Si elles ont échappé en 2015 à l’intégration du risque climatique dans leur stratégie, elles ne sont plus en mesure de nier le problème climatique.

Anne-Catherine Husson-Traore
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