Publié le 31 janvier 2019

ÉNERGIE

À La Réunion, les énergies renouvelables font jeu égal avec le charbon pour fournir l'électricité

À quelque 10 00 kilomètres de la métropole, la Réunion bataille pour se débarrasser de ses deux centrales à charbon. Mais ici, l’enjeu est bien différent car elles fonctionnent à plein régime et constituent le socle d’approvisionnement de l’électricité de l’île. La région insulaire mise sur une conversion vers la biomasse et le développement exponentiel du photovoltaïque.

La centrale solaire de Bardzour, à La Réunion, située sur le site d'un centre pénitencier, est associée à un programme de réinsertion de détenus.
@CA

Soleil, vent, eau, houle marine, géothermie, biomasse... Rien ne manque à La Réunion pour développer les énergies renouvelables. Et de fait, celles-ci représentent déjà 36 % du mix électrique de la région, hydraulique en tête (20 %). Un taux deux fois supérieur à celui atteint en métropole. Mais, ici, ce n’est pas le nucléaire qui vient jouer le rôle de tampon mais le charbon (36 %) et le fioul (28 %). Loin des engagements pris par la France en matière de lutte contre le changement climatique, La Réunion continue donc d’être dopée aux énergies fossiles.

Tout l’enjeu des années à venir va donc être de réussir à substituer ce charbon, très polluant, par de la biomasse. C’est le projet d’Albioma, le propriétaire des deux centrales à charbon de l’île, qui fournissent 54 % de l’électricité. Celles-ci fonctionnent déjà une partie de l’année avec de la bagasse, les résidus des plantations de canne à sucre, en cogénération avec le charbon. En 2018, cette ressource a fourni 6,5 % du mix électrique, contre 9,5 % pour les énergies renouvelables (photovoltaïque, éolien) selon les tous derniers chiffres d’EDF.

30 % de biomasse produite localement

L’ambition d’Albioma est de transformer ses deux centrales en biomasse (bagasse comprise) d’ici 2023. "Cette conversion devra intégrer un maximum de biomasse locale, sans entrer en conflit d’usages ou déstabiliser les filières existantes", pointe Sylvain Léonard, directeur régional de l’Office national des forêts (ONF) à La Réunion pour qui la création d’une filière bois-énergie constitue une aubaine. "Elle va en effet permettre une meilleure gestion forestière et une pérennisation de la filière bois d’œuvre, tout en créant de l’emploi local".

Selon les estimations, 30 % de la biomasse nécessaire pourrait être produite localement, majoritairement à partir de résidus d’élagage. Le reste sera importé soit sous forme de plaquettes forestières depuis le Mozambique et l'Asie du sud-est, soit sous forme de granulés industriels en provenance du Canada, du Brésil ou des États-Unis. Une hérésie pour certains acteurs locaux.

"C’est peut-être un mauvais choix pour La Réunion d’arrêter le charbon en 2023 pour importer de la biomasse", analyse Dominique Vienne, président du Conseil économique, social et environnemental régional (Ceser). "Il nous faudrait un peu plus de temps pour trouver des solutions locales : il y a notamment un potentiel de 5 000 hectares de friches sur lesquelles on pourrait faire pousser de la culture intensive valorisable suffisante pour fournir les deux centrales."

Doublement du photovoltaïque

L’autre levier majeur va être la croissance du photovoltaïque, beaucoup plus plébiscitée sur l’île que l’éolien. Sa production devrait être multipliée par deux en cinq ans pour atteindre 350 mégawatts. Par ailleurs, les centrales hydrauliques existantes, et notamment celle de Takamaka qui a fêté l’an dernier ses 50 ans, vont être optimisées. Et des micro-unités vont également être déployées. "Nous devrions ainsi atteindre 50 % d’énergies renouvelables en 2023 et 75 % en 2028", estime Vincent Levy, chef du service Système électrique pour EDF à La Réunion.

Pour le Syndicat des énergies renouvelables, qui s’appuie sur une récente étude de l’Ademe, "un mix 100 % énergies renouvelables est de loin la solution la plus pertinente économiquement pour construire le futur énergétique ultramarin, tout en garantissant la sécurité du réseau électrique mais aussi en assumant les coûts échoués des installations de production fossiles actuelles." Toutes ces questions devront être tranchées dans la révision de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) d’outre-mer pour 2023 attendue prochainement.

Concepcion Alvarez, envoyée spéciale à La Réunion @conce1


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