Le sommet des chefs d’État et de gouvernement se poursuit ce samedi 2 décembre à la COP28 de Dubaï. Invité à la tribune vendredi 1er décembre, Emmanuel Macron a appelé les pays les plus avancés à sortir des fossiles, Chine y compris, et le G7 en particulier à sortir du charbon avant 2030. Il appelle aussi à mettre fin au financement privé de cette énergie.

"Les pays du G7 doivent mettre fin au charbon avant 2030", a lancé Emmanuel Macron à la tribune de la COP28, vendredi 1er décembre à l’occasion du sommet des chefs d’État et de gouvernement. "La vraie absurdité, elle est sur le charbon", a ajouté le président français. Il a également appelé le secteur financier privé à ne plus investir dans cette énergie, au risque de se retrouver avec des "actifs dépréciés" qui perdront de leur valeur au fur et à mesure que l’on sortira des énergies fossiles, et à mettre en place des taux d’intérêts différenciés entre les investissements favorables et défavorables au climat. Une position qu’Emmanuel Macron défendra dans le cadre du lancement du "Coal transition accelerator" qui sera lancé ce samedi 2 décembre à Dubaï.  
Il a également appelé les pays émergent à sortir du charbon. "On doit leur permettre de réaliser le rattrapage économique, c’est un élément de justice, mais celui-ci ne doit pas se faire sur la base d’énergies carbonées et en particulier du charbon", a expliqué le chef de l’État. Plus largement, Emmanuel Macron a demandé aux pays les plus avancés, le G7 et la Chine, "désormais 2e pays émetteur historique de gaz à effet de serre" derrière les États-Unis, de montrer l’exemple et à sortir en premier des énergies fossiles. La France, qui se veut exemplaire, prévoit de fermer ses dernières centrales à charbon en 2027 (avec cinq ans de retard), de sortir du pétrole en 2040-2045 et du gaz en 2050.
"Nous n’avons pas le luxe d’attendre 2030 pour que les pays développés sortent du charbon, 2040 pour le pétrole, et 2050 pour le gaz, a réagi Jean Burkard, directeur du plaidoyer du WWF France. Par ailleurs, en donnant de telles échéances, le Président de la République condamne à l’impuissance tous les outils qu’il a esquissés, que ce soit en matière de transport maritime, de commerce ou encore de notation des investissements. Le temps nous est compté : notre planète brûle et la France laisse penser qu’il n’est pas l’heure d’appeler les pompiers".

Taxation internationale


Parmi les autres annonces à retenir, on peut noter la volonté d’intégrer "une clause climatique dans l’OMC (Organisation mondiale du commerce) pour aligner nos accords commerciaux avec les objectifs de l’Accord de Paris", la tenue en 2024 d’un One Planet Summit sur la thématique de l’eau avec le Kazakhstan, la poursuite du travail de refonte des institutions financières internationales ("Bridgetown Initiative") ou encore le lancement d’une task force, avec le Kenya, sur une taxation internationale, qui pourrait concerner le transport maritime, l’aviation et les énergies fossiles afin de financer l’action climatique. Cette dernière initiative devrait aboutir d’ici le G20 de Rio en novembre 2024.  
"L’initiative pilotée par la France et le Kenya doit de toute urgence permettre d’aller chercher l’argent là où il est, en particulier auprès des industries des énergies fossiles qui ont engrangé suffisamment de profits entre 2000 et 2019 pour couvrir près de 60 fois les coûts des pertes liées au changement climatique dans 55 des pays les plus vulnérables. Il est temps que les pollueurs paient leur dette » a réagi Fanny Petitbon, responsable du plaidoyer pour Care France. 

Tripler les capacités d’énergie nucléaire


Emmanuel Macron a également salué l’accord obtenu jeudi 30 novembre, à l’ouverture de la COP28, sur le fonds dédié aux pertes et dommages. Il a annoncé une contribution française de 100 millions d’euros. Plus spécifiquement, le pays va travailler de façon bilatérale avec le Bangladesh sur cette question, avec un engagement bien plus important d’un milliard d’euros, abondé par le FMI à hauteur de 1,5 milliard d’euros en droits de tirage, a précisé le Président.  
Enfin, outre des visites diplomatiques en lien avec le conflit israélo-palestinienne, le chef de l’État participera également ce samedi 2 décembre à une table ronde sur le nucléaire civil, énergie qu’il souhaite promouvoir au même titre que les énergies renouvelables, avec un objectif de tripler les capacités de production d’électricité nucléaire dans le monde d’ici 2050. Une vingtaine de pays devraient y adhérer. 
"En portant le développement massif du nucléaire civil sur la scène internationale, Emmanuel Macron est hors sujet" a fustigé depuis Dubaï Gaia Febvre, responsables des politiques internationales au sein du Réseau action climat. "Car en réalité le potentiel de développement du nucléaire est extrêmement limité. C’est une énergie à la fois coûteuse, très lente à mettre en place, comparativement aux énergies renouvelables mais aussi dangereuse pour des pays où la stabilité géopolitique n’est pas assurée", a-t-elle souligné.
Concepcion Alvarez

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