Les grands axes étaient connus, mais le document était particulièrement attendu. Le gouvernement met en consultation à partir de ce mercredi 22 novembre sa stratégie pour l'énergie et le climat (SFEC). Celle-ci doit déboucher en 2024, avec un an de retard, sur une loi de programmation (LPEC) ambitieuse qui doit graver dans le marbre l’avenir énergétique du pays.

Le gouvernement a mis en consultation sa stratégie énergie et climat (SFEC) ce mercredi 22 novembre. L’objectif est ambitieux : sortir des énergies fossiles d’ici à 2050, alors que ces dernières, pétrole et gaz en tête, représentent encore aujourd’hui 60% de notre consommation d’énergie. Deux paliers sont fixés : réduire cette part à 42% en 2030 et à 29% en 2035, soit deux fois moins. Cette stratégie doit déboucher en 2024, avec un an de retard, sur une loi de programmation énergie climat (LPEC). "La transformation à engager est d’une ampleur comparable à celle de la première révolution industrielle", résume Agnès Pannier-Runacher, la ministre de la Transition énergétique.

1/ Baisse de la consommation d’énergie 


Pour atteindre ces objectifs, l’un des premiers défis consiste à réduire notre consommation énergétique. Rénovation des logements, fin des chaudières au fioul, électrification des transports, sobriété, le gouvernement vise ainsi une baisse de 40 à 50% d’ici à 2050 par rapport à 2021, et de 30% en 2030 par rapport à 2012. Après la guerre en Ukraine et les mesures de sobriété mises en place, la baisse a déjà atteint 12% en un an (après correction des effets météorologiques), il s’agit de poursuivre sur cette lancée et d’accélérer. "Le passage d’un véhicule thermique à un véhicule électrique ou le passage d’un chauffage à combustion à une pompe à chaleur conduisent à des rendements énergétiques largement améliorés", cite en exemples le cabinet de la ministre.  

SFEC 2023 graph 1 @MTES

2/ Accélération des énergies renouvelables    


La sortie des énergies fossiles passe aussi par une augmentation de la production d’électricité décarbonée : +10% d’ici 2030, +22% d’ici 2035. D’une part, la production à partir d’énergies renouvelables va être massifiée. Le texte prévoit ainsi de doubler le rythme de déploiement du photovoltaïque, du biogaz et des réseaux de chaleur d’ici 2030 et de quadrupler le rythme de déploiement de la géothermie. L’éolien offshore est aussi plébiscité avec un objectif de 36 parcs installés en 2035 (l’équivalent de la production d’électricité de 13 réacteurs nucléaires). Pour ce qui est de l’éolien terrestre, comme cela a déjà été annoncé, il s’agit de maintenir le rythme actuel "en veillant à une répartition plus équilibrée sur le territoire et en investissant dans le reprint", précise le document.  
Si celui-ci fixe des objectifs en termes de capacités installées, il n’y en a aucun cas en termes de part de renouvelables dans le mix énergétique. Ce qui a de quoi surprendre certains observateurs, à l’instar d’Anne Bringault, la coordinatrice du Réseau action climat (RAC), qui interroge sur X : "quelque chose à cacher ?". "Masquer cet objectif dans les documents de programmation sur l’énergie mis en consultation et envoyés à l’UE n’est en tous cas pas un bon signal". La France est en effet à la peine pour atteindre les objectifs fixés par la précédente feuille de route pour l’éolien ou encore le photovoltaïque. Le cabinet de la ministre balaye la critique en expliquant que le choix a été fait "d’exprimer les objectifs en terme de sortie des énergies fossiles et de production d’énergie décarbonée".    
SFEC 2023 graph 2 @MTES

3/ Relance du nucléaire 


D’autre part, la production d’électricité décarbonée va s’appuyer sur une relance du nucléaire. Ainsi, le texte précise que les réacteurs existants pourront être prolongés au-delà de cinquante ans, voire 60 ans, "dans le strict respect des exigences de sûreté". Par ailleurs, la construction de six nouveaux réacteurs (EPR2) est confirmée avec une mise en service entre 2035 et 2042. D’ici fin 2026, une décision devra être prise concernant la construction de huit autres réacteurs. Dans le même temps, au moins un prototype de petit réacteur innovant (SMR) devrait être lancé en 2030. Il s’agit aussi d’augmenter la puissance disponible des réacteurs existants (uprating), toujours "dans le respect du cadre de sûreté" et retrouver les meilleurs niveaux de performance opérationnelle avec pour cible une production nucléaire de 400 TWh d’ici 2030 (EPR de Flamanville 3 y compris).
Concepcion Alvarez

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