Publié le 13 janvier 2016

L'APRES PETROLE

Transition énergétique : 2015, année de tous les records en Allemagne

Le think tank allemand Agora Energiewende vient de publier les derniers chiffres sur la transition énergétique en Allemagne. Le constat ? Les énergies renouvelables sont devenues la première source d’électricité en Allemagne. Néanmoins, le bilan n’est pas aussi vertueux qu’il en a l’air, prévient l’institut. En cause, encore et toujours : les centrales à charbon. 

Photo d'illustration.
John Macdougall / AFP

La mutation du secteur de l’électricité s'accélère outre-Rhin : à l’heure actuelle, un kilowattheure sur trois est issu des énergies renouvelables. Elles couvrent 32,5 % de la consommation d’électricité, un chiffre en hausse par rapport à 2014 (27,3 %), et 30 % de la production électrique. C’est la hausse la plus importante jamais enregistrée dans l’histoire des renouvelables, souligne l’institut.

 

Les énergies renouvelables, première source d’électricité

 

La production éolienne terrestre atteint un niveau particulièrement élevé avec un bond de 50 % par rapport à 2014 pour atteindre une production de 78 Terawatt/h. Autre exploit : le 23 août 2015, les renouvelables ont couvert… 83,2 % de la consommation nationale d’électricité. "On peut vraiment dire que 2015 entrera dans l’histoire comme l’année où les énergies renouvelables auront été - et de loin - la plus grande source de production d’énergie en Allemagne. Pour la première fois, elles dominent le marché national de l’électricité", se félicite Patrick Graichen, directeur de l’institut.

Jamais l’Allemagne n’a produit autant d’électricité : 647 Terawatt/h, soit 3 % de plus que l’année précédente. De quoi largement satisfaire la consommation nationale d’électricité, qui s'élevait l’année passée à 597 Terawatt/h (+0,8 % par rapport à 2014). Et balayer les menaces de black-out énergétique. Mieux, le découplage entre croissance économique et consommation d’électricité se poursuit, relève l’étude : le PIB allemand a augmenté de 1,7 % en 2015 par rapport à 2014. Mais, bémol, "le rythme reste insuffisant pour atteindre les objectifs climatiques (-40 % en 2020 par rapport à 1990, NDLR)".

 

Le bilan carbone stagne

 

Comment expliquer ce surplus d’énergie ? Le législateur laisse les centrales à charbon continuer à produire de l’électricité, alors même que celle issue des renouvelables ne cesse de croître. En 2015, elles produisaient autant que l’année précédente, soit 42,2 % de la production nationale.

"Les chiffres montrent que l’Allemagne dispose d’électricité en abondance, alors que les centrales nucléaires sont progressivement mises à l’arrêt. Le revers de la médaille, c’est que l’électricité produite par les renouvelables rend superflue celle produite par les centrales à charbon, qui se retrouve exportée", explique Patrick Graichen.

Là encore, l’Allemagne atteint de nouveaux sommets : l’exportation nette d’électricité a augmenté de 50 % et franchi un cap historique : 61 Terawatt/h, conséquence de prix sur le marché de gros parmi les plus bas en Europe, derrière ceux de la Scandinavie. Les Pays-Bas, l’Autriche et la France sont les principaux importateurs, contractuels, d’électricité venant d’Allemagne. "Cette situation n’améliore par le bilan carbone de l’Allemagne, qui stagne. Les émissions ont même légèrement augmenté l’année passée", regrette le directeur. Il prévient : sans une stratégie gouvernementale claire de décarbonisation des secteurs de l’énergie et de la mobilité, le pays ne pourra pas remplir ses engagements climatiques. 

Claire Stam, correspondante à Francfort
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