Publié le 16 novembre 2015

L'APRES PETROLE

Jean-Charles Brisard : "L’Etat islamique contrôle 140 succursales bancaires gérant 1,1 milliard de dollars"

C’est l’une de ses principales forces. Le groupe terroriste Daech est à la tête d’une fortune considérable. 2 000 milliards de dollars (1) au total, estiment Damien Martinez et Jean-Charles Brisard dans un rapport publié en octobre 2014 pour Thomson Reuters et dont la version actualisée doit être publiée à la fin de ce mois. Pétrole, gaz, phosphate, blé, orge, coton…l’Etat islamique a mis la main sur d’importantes ressources naturelles en Irak et en Syrie. Il contrôle aussi 140 succursales bancaires dans ces deux pays. Les explications de Jean-Charles Brisard, expert en financement du terrorisme et président du Centre d'Analyse du Terrorisme (CAT).  

Jean-Charles Brisard, expert en financement du terrorisme, à Marrakech en 2006.
Abdelhak Senna / AFP

Novethic. Vous estimez à 140 le nombre de succursales bancaires contrôlées par l’Etat islamique en Irak et en Syrie. Quelle somme cela représente-t-il ?

Jean-Charles Brisard. Nous n’avons pas pu étudier chacune des banques, mais au 31 décembre 2013, soit six mois avant la prise de Mossoul, nous estimions qu’elles géraient au moins 1,1 milliard de dollars. Ce sont des banques de dépôt, qui ne font plus de transactions internationales puisque Daech n’en a pas besoin. En effet, toutes leurs transactions se font sur place. Difficile par conséquent de mettre en place des sanctions au niveau international. Les sanctions onusiennes, comme le gel des fonds, sont donc sans effet. Contrairement à Al-Qaïda qui dépend principalement de donations extérieures, Daech a réussi à construire un modèle économique autofinancé à hauteur de 82 % et extrêmement diversifié, donc beaucoup plus difficile à appréhender.  

 

Novethic. Daech s’appuie notamment sur des ressources pétrolières. Comment parvient-il à écouler ce pétrole ?

Jean-Charles Brisard. L’Etat islamique détient une vingtaine de champs pétroliers qui génèrent chaque année 600 millions de dollars. Mais il a aussi mis la main sur des gisements de gaz, sur la production de phosphates et sur des cultures de blé, d’orge, de coton… Au total, 60 % des revenus de Daech proviennent de ressources naturelles contre 40 % de sources criminelles (rançons, extorsions). Cela lui assure un revenu annuel de l'ordre de 2,9 milliards de dollars. Tous ces produits peuvent atterrir sur le marché international puisque les islamistes font appel à des intermédiaires, à des réseaux de distribution de contrebande. Par ailleurs, ces produits sont bradés par rapport aux prix du marché et trouvent donc facilement preneurs.  

 

Novethic. Quelles mesures la communauté internationale pourrait-elle mettre en place pour couper les revenus de Daech ?

Jean-Charles Brisard. L’une des mesures qui peut être mise en place est l’instauration d’un embargo sur les territoires gouvernés par l’Etat islamique pour que rien ne puisse en sortir. Cela supposerait de le faire respecter par une force internationale. Mais pour l’instant, on reste dans le cadre de sanctions économiques qui, comme je l’ai dit plus haut, sont inefficaces pour contrer Daech.  

 

A voir : le documentaire "Daech, naissance d’un Etat terroriste", réalisé par Jérôme Fritel et diffusé sur Arte le 10 février et l’enquête de Capital sur la fortune de Daech, diffusé sur M6 le 14 juin dernier.

 

(1) L'ensemble de la richesse de Daech est estimée à 2 000 milliards de dollars, principalement grâce aux réserves pétrolières. Selon le rapport, l'EI déteindrait en effet 60 % de la production pétrolière en Syrie et un peu moins de 10 % de la production de l'Irak. Ses revenus annuels sont quant à eux évalués à 2,9 milliards de dollars.

Propos recueillis par Concepcion Alvarez
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