Publié le 03 mars 2015

EMPREINTE TERRE

Pesticides : la stratégie ʺdeux poids, deux mesuresʺ du groupe Bayer

Le géant pharmaceutique et chimique allemand Bayer se porte bien. Mais selon des associations environnementales, cette bonne santé financière est entachée par des pratiques nuisibles à l’environnement, et particulièrement aux abeilles. Certaines parlent même de ʺdeux poids, deux mesuresʺ car Bayer continue, tout en s'en défendant, à vendre ailleurs dans le monde des produits interdits en Europe, hautement dangereux pour l’environnement et les consommateurs.

Des militants de Greenpeace manifestent devant le siège grec de Bayer pour protester contre la fabrication de pesticides par la firme, le 29 avril 2014
AFP PHOTO/ LOUISA GOULIAMAKI

Les investisseurs ne s’y sont pas trompés : avec un chiffre d’affaires de 42,2 milliards d’euros pour l’année 2014 (+ 7,2% par rapport à l’année précédente) et un bénéfice de 5,5 milliards (+ 11,6%), les actions du groupe allemand Bayer ont été les stars du Dax 30, l’indice phare de la bourse de Francfort, ce jeudi 26 février, jour de la publication des résultats annuels.

ʺToutes les divisions du groupe ont contribué aux bons résultats de l’entrepriseʺ, peut-on lire dans le rapport annuel. Toutes, y compris sa filiale Bayer Cropscience, producteur d’OGM et de pesticides, qui a fait un bond de 11,2% en 2014 pour atteindre un chiffre d’affaires de 9,5 milliards d’euros, avec des ventes records en Afrique, Amérique du sud et au Proche-Orient.

 

Bayer, deuxième fabricant mondial de pesticides

 

Avec une part de marché de 20%, Bayer est le deuxième fabricant mondial de pesticides, explique Philipp Mimkes de la Coordination contre les méfaits de Bayer (CBG network). Et deux composants utilisés par le groupe allemand sont hautement controversés : les néonicotinoïdes et le glufosinate.

ʺLe glufosinate produit par Bayer peut provoquer des malformations fœtales et déclencher des cancers. La molécule doit être retirée du marché européen d’ici à 2017ʺ, poursuit Philipp Mimkes. Cela n’empêche pas Bayer de construire une nouvelle usine de production de ce pesticide en Alabama, aux États-Unis. ʺBayer a un comportement irresponsable en stimulant à l’étranger l’emploi d’un herbicide qui va être retiré du marché européen pour de bonnes raisonsʺ, s’insurge l’activiste. ʺC’est vraiment appliquer une stratégie de deux poids, deux mesures : Bayer fabrique et vend dans le monde des produits interdits en Europeʺ.

Même scénario pour les néonicotinoïdes : ces composants de pesticides agissent en paralysant le système nerveux des insectes, et entraîne leur mort. Plusieurs études ont démontré que ces substances sont à l’origine de l’effondrement des colonies d’abeilles, au point que la Commission européenne a décidé un moratoire de deux ans pour complément d’études sur trois néonicotinoïdes (clothianidine, imidaclopride et thiaméthoxame) à compter du 1er décembre 2013. Suspendus en Europe, ces insecticides néonicotinoïdes continuent cependant d'être vendus dans le monde.

 

Frictions et interrogations autour de l’avenir du moratoire   

 

Mais au siège du groupe, on rejette fermement l’accusation de double stratégie : ʺBayer Cropscience distribue uniquement des produits de lutte antiparasitaire ayant reçu l’aval des autorités administratives. Utilisés correctement, ils s'avèrent être sûrs pour les utilisateurs, les consommateurs et l’environnementʺ, tient à préciser Jenny Schroeter, porte-parole du groupe. ʺPar ailleurs, nous accompagnons la vente de nos produits avec des offres de formation et des compléments d’informationsʺ

Bayer a d’ailleurs porté plainte contre la Commission européenne pour qu’elle lève le moratoire. Les organisations environnementales, dont BUND, filiale allemande du réseau des Amis de la terre, ainsi que le réseau PAN Europe (Pesticide Action Network) et CBG Network, militent, quant à elles, pour une interdiction pure et simple des pesticides néonicotinoïdes. Une confrontation à l’issue incertaine pour Philipp Mimkes : ʺQue va-t-il se passer après la fin du moratoire ? C’est toute la question. Mais les enjeux sont énormesʺ.       

Claire Stam, correspondante à Francfort
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