Publié le 26 septembre 2017

EMPREINTE TERRE

Éco-organismes : l’heure de la concentration est venue

Après l’annonce de la fusion prochaine d’Éco-systèmes et Récylum, Eco-emballages et Ecofolio ont présenté Citeo, une nouvelle structure issue de leur rapprochement. Un phénomène de concentration destiné à réunir les forces des éco-organismes pour améliorer le recyclage, tout en maîtrisant les coûts. Mais qui, sans fusion des filières elles-mêmes, pourrait rester insuffisant.

Citeo est une nouvelle entreprise issue de la fusion d'Éco-emballages et d’Écofolio.
BH

Fin mai, Éco-systèmes et Récylum annonçaient leur fusion pour début 2018. La nouvelle entité, baptisée ESR, sera chargée de la collecte et du traitement des déchets électriques et électroniques (DEEE) et des lampes. Début septembre, c’était au tour d’Éco-emballages et d’Écofolio de présenter Citeo, la nouvelle structure issue de leur rapprochement. Sa mission est la collecte et du traitement du papier et des emballages.

Ces concentrations sont censées favoriser les synergies entre des éco-organismes complémentaires et pléthoriques (on compte pas moins de 20 éco-organismes en France). L'objectif est l’amélioration de la collecte et du recyclage en maîtrisant les coûts. Car si les quantités recyclées sont aujourd’hui en hausse, elles le sont de manière insuffisante pour atteindre les objectifs de collecte et de recyclage fixés par les pouvoirs publics.

Développer les taux de collecte et de recyclage

Dans le domaine des déchets électroniques par exemple, l’objectif de 45 % de collecte est aujourd’hui largement atteint. Celui-ci va toutefois grimper à 65 % en 2020. Face à cet objectif "très ambitieux", Éco-systèmes et Récylum ont donc jugé "important de se rapprocher pour démultiplier [leurs] moyens", expliquait en juin le directeur général d'Éco-systèmes et futur directeur général d’ESR, Christian Brabant, à l’AFP.

Même besoin de synergies dans l’emballage et le papier où les deux acteurs Eco-emballages et Ecofolio, sont en situation monopolistique. En 2022, le taux de recyclage des emballages devra atteindre 75 % et celui du papier 65 %. Si les objectifs actuels sont tenus 68 % d’emballage sont recyclés et 55 % du papier, les efforts pour atteindre es suivants doivent être multipliés. La fusion de "deux sociétés au bilan robuste", selon le président du conseil d’administration de Citeo, Philippe Loïc Jacob, "permettra de développer l’efficacité du tri et du recyclage au meilleur coût et sera un levier plus puissant pour la protection de nos ressources et de l’environnement".

Parmi les défis à relever selon les dirigeants : l’extension de la collecte à de nouveaux types d’emballages, la rénovation d’installations vieillissantes, l’amélioration du tri ménager dans les grandes villes ou encore la simplification des démarches pour les entreprises. Des tâches d’ampleur que la fusion devrait permettre de mieux aborder.

Une concentration nécessaire pour simplifier le système…

"Ces fusions d’éco-organismes ont du sens dans un contexte de croissance exponentielle des coûts masqués pour tous les acteurs (personnel affecté aux tâches administratives, suivi des contrôles, formation des agents...), de complexité du système et d’amoncellement des filières et des éco-organismes. Le tout, alors que la fiscalité locale sur les déchets n’incite pas à trier davantage ses déchets…", analyse Christèle Chancrin, fondatrice et dirigeante d’E³ Conseil, cabinet d'audit et de stratégie pour les filières REP (responsabilité élargie du producteur).

En ce qui concerne Éco-emballages et Écofolio, cela fait 10 ans que les deux éco-organismes font poubelles communes. "Cela va donc permettre plusieurs types de synergies : de structures, de savoir-faire, mais aussi de logistique et de transports qui représentent le plus important poste de dépenses pour les filières. Pour les collectivités et les industriels, cela leur permettra aussi d’avoir un interlocuteur commun, ce qui n’est pas négligeable quand l’on sait qu'il peut y avoir 14 interlocuteurs différents pour chaque filière REP", souligne Christèle Chancrin.

...mais qui doit être poursuivi par une transformation plus radicale

Seulement, cette fusion des organismes n’est "qu’un début" selon l’experte car les contraintes juridiques sont telles que les "synergies ne pourront pas être poussées jusqu’au bout". Ainsi, pour ne pas fausser la concurrence qui devait être ouverte en 2018 sur les emballages avec l’arrivée de Léko, il ne pourra pas être fait d’offres liées sur les déchets d’emballage et de papier aux collectivités. Surtout, cette fusion des structures ne pourra pas donner lieu à une fusion des filières, qui serait pourtant plus efficiente en matière de recyclage.

Cette solution est notamment poussée dans une note de la Fabrique écologique, intitulée "Pour une nouvelle gestion des déchets : repenser les filières de responsabilité élargie des producteurs", qui doit être actualisée fin septembre. L'analyse, issue des réflexions d’un groupe de travail composé de représentants des éco-organismes, d'industriels et d’experts du secteur, préconise une fusion des filières pour accélérer le développement du recyclage. "Au-delà de la simplification de l’ensemble du système, une telle évolution permettrait une plus grande mutualisation, une meilleure souplesse d’évolution et des économies de coûts", est-il précisé dans la note.

En attendant, les éco-organismes commencent toutefois à se structurer en ce sens. Outre les fusions à l’œuvre, certains d’entre eux comme Ecologic demandent des agréments pour plusieurs filières (comme les DEEE et les déchets d’ameublements). D’autres commencent à travailler ensemble sur des produits impliquant plusieurs filières de recyclage comme les médicaments.

Béatrice Héraud @beatriceheraud


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