Publié le 08 juin 2015

EMPREINTE TERRE

Sommet du G7 : vers la fin des énergies fossiles ?

À l’issue du sommet du G7, qui s’est tenu les 7 et 8 juin en Allemagne, les membres des sept pays les plus industrialisés du monde ont annoncé par la voix de la chancelière allemande, Angela Merkel, la décarbonation complète de l’économie mondiale "au cours de ce siècle". Avec deux objectifs précis : une réduction des émissions de 40 à 70% et la transformation du secteur de l’énergie d’ici 2050. Mais la question du financement climatique reste entière.

Les chefs d'États du G7 avec leurs homologues de pays émergents en pointe dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Bundesregierung / Gootschalk

Pour les acteurs financiers, le signal est fort : "Les pays du G7 ont annoncé aux investisseurs et aux entreprises que la décarbonation de l’économie allait avoir lieu pendant ce siècle. C’est le signal dont nous avons urgemment besoin pour catalyser l’action climat" se félicite Nigel Topping.

Le président de la coalition d’organisation "We Mean Business" avait lancé un appel au G7 en ce sens avant la tenue du sommet : "Aujourd’hui, pour la toute première fois, les membres du G7 se sont ralliés derrière l’objectif à long terme de la décarbonation de l’économie mondiale. Cet objectif montre aux entreprises et aux marchés financiers que les meilleurs rendements seront dorénavant générés par les technologies bas carbone", renchérit Jennifer Morgan, directrice du Global Climate Program au World Resources Institute.    

 

Après l'engagement de principe, des mesures concrètes attendues

 

De quoi s’agit-il précisément ? Les membres du G7 reconnaissent que l’augmentation de la température globale de 2°C d’ici la fin du siècle est une limite à ne pas franchir. Afin d’y parvenir, ils se fixent une échelle de réduction de leurs émissions (entre 40 et 70%, conformément aux recommandations des scientifiques du GIEC) via la transformation du secteur de l’énergie d’ici 2050. Ils se sont également prononcés en faveur de règles climatiques juridiquement contraignantes, un élément clé dont dépend la réussite de la COP 21 en décembre à Paris.

"Concrètement, cela signifie que les pays du G7 vont devoir élaborer des plans très agressifs pour parvenir à remplir l’objectif des 100% d’énergies renouvelables d’ici 2050" explique Célia Gautier, du Réseau Action Climat. Et que la France, pays hôte de la COP 21, revoit son plan carbone : "L’État français doit balayer devant sa porte. Les deux entreprises dont il est le principal actionnaire - Engie et EDF - continuent à investir massivement dans le charbon à l’étranger. Et ces deux entreprises sponsorisent la conférence climatique de Paris. Il en va de la responsabilité de François Hollande de faire en sorte que ces deux entreprises se désinvestissent du charbon."  

 

Un financement climatique encore flou

 

Si l’annonce de la décarbonation de l’économie mondiale a fait l’effet d’un coup de tonnerre, la déception sur la question du financement climatique est grande : "Les membres du G7 n’ont toujours pas dit comment ils allaient réunir les 100 milliards de dollars par an promis à Copenhague [en 2009, NDLR]. Ils ont échoué à s’engager pour financer le fonds public : il s’agit pourtant d’un point crucial pour que Paris soit un succès" critique Tim Gore, de l’ONG Oxfam.

Célia Gautier relève quant à elle que l’Allemagne est le seul pays du G7 à avoir annoncé une mesure financière concrète, à savoir le doublement de sa contribution financière pour le climat (lors des dialogues de Petersberg le mois dernier). Elle note cependant deux volets intéressants : l’annonce d’une assurance-climat pour les plus démunis et le développement des énergies renouvelables dans les pays africains.

 

Des contradictions persistantes

 

Ces deux annonces restent cependant insuffisantes pour financer les mesures d’adaptation et d’atténuation. Célia Gautier préconise, à l’instar de Nicolas Hulot, l’instauration d’une taxe sur les transactions financières : "Cette taxe, si elle devait voir le jour, répondrait amplement aux besoins financiers climatiques. C’est un instrument aux effets très visibles, et grâce auquel les pays émergents pourraient mesurer le degré d’engagement financier des pays développés. Cette question devrait être l’une des priorités de la France d’ici Paris."

Ces engagements mettent désormais les pays industrialisés face à leurs contradictions, en particulier sur la question des énergies fossiles. Selon un rapport du FMI, rendu public en mai dernier, elles restent massivement subventionnées, puisqu'elles bénéficient annuellement de 5 000 milliards dollars de subventions et d’exonérations fiscales.

Claire Stam
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