Publié le 20 novembre 2015

EMPREINTE TERRE

Quelles réalités derrière les annonces des banques en faveur du climat ?

A quelques jours de la COP21, la publication des engagements de banques sur le climat se multiplient : jusqu’où vont-elles ? Quelles sont leurs motivations ? Et quelles sont les conséquences environnementales et financières de ces engagements ? Autant de questions occultées par les effets d’annonce qui se résument, globalement, par une sortie du charbon. Passage en revue des principales annonces françaises. Décryptage.


AFP

"BNP Paribas renforce sa gestion du risque carbone et va consacrer 15 milliards d’euros aux énergies renouvelables", "Société Générale s’engage en faveur du climat", "Natixis cesse le financement des industries du charbon dans le monde entier"… Le titre des trois communiqués de presse, publiés ces derniers jours et semaines par trois grandes banques françaises, témoignent de la diversité de leurs approches.

"Engager la banque, globalement, sur une trajectoire de 2°C repose sur un gros travail de fond", explique Laurence Pessez, déléguée à la Responsabilité Sociale et Environnementale du groupe BNP Paribas. "Nous avons calculé le mix énergétique de tout le groupe sur les énergies primaires, ce qui nous permet de savoir que nous avons 23 % de charbon - le mix énergétique mondial est à 40 % - et 23 %  d’énergies renouvelables" détaille-t-elle. "Cela nous a permis de déterminer nos objectifs à horizon 2040. Ils sont de 13 % pour le charbon et 50 % pour les énergies renouvelables. Toutes nos annonces sont alignées sur le scenario 2 degrés de l’AIE [agence internationale de l’énergie, ndlr]".  La Société Générale s’est contentée de son côté d’un scenario non chiffré annonçant la mise en place d’une "politique climat visant à favoriser le financement de la transition énergétique et à réduire l’empreinte carbone de ses activités". Sans plus de précisions.

Pour une banque, la décarbonation de portefeuilles financiers est un exercice d’autant plus complexe qu’elle investit beaucoup d’argent dans des entreprises et des projets partout dans le monde. A l’image des négociateurs de la COP21, les différents pays et leurs acteurs économiques n’ont pas la même vision sur le changement climatique et sur le développement économique. Or, décarboner des financements consiste d’abord à mesurer leur empreinte carbone, c'est-à-dire les émissions qu’ils contribuent à produire, pour ensuite les faire baisser en limitant les investissements dans les entreprises les plus productrices de carbone et en poussant les autres à diminuer au maximum leurs émissions. C’est probablement le levier le plus efficace quand il est intégré à une politique globale qui joue sur tous les leviers de façon crédible (financements verts, exclusion des activités les plus émettrices et engagement actionnarial pour pousser les entreprises à changer de business model) et pas seulement dans des indices boursiers dits "bas carbone".

 

Le cas épineux du charbon

 

Reste le cas particulier du charbon. Les activités liées à l’énergie fossile la plus polluante sont progressivement désertées par le secteur financier. Mais cette exclusion reste à géométrie variable, en fonction des seuils d’exclusion fixés, des activités concernées et des conséquences financières que cela implique. "Quand nous avons fait le travail d’évaluation du bilan coût-avantage des activités liées au charbon au sein de Natixis, j’ai constaté que les équipes étaient prêtes à se concentrer sur le financement des opérations d’énergies renouvelables", explique Pierre Dufaud, en charge de la Responsabilité Environnementale et Sociale pour la filiale du groupe Banque Populaire Caisses d’Épargne.

La banque a annoncé, le 15 octobre, la fin de son financement des industries du charbon. Pour la première fois, elle affiche une politique d’investissement appliquée à un secteur en particulier. Et elle précise : "notre politique couvre à la fois les centrales productrices d’électricité à base de charbon, mais aussi l’extraction minière et les entreprises dont 50 % de l’activité est liée au charbon. Elle s’applique partout de la même façon".

 

D’intenses négociations en interne

 

La définition des périmètres et des seuils fait l’objet d’intenses débats au sein de chacune des institutions financières qui prend des engagements publics. Des débats dont dépendent beaucoup la nature de leur clientèle. Pour Pierre Dufaud, "la vraie politique c’est celle qui sort des entrailles de la banque et qui est validée par ses métiers". Elle n’est donc pas forcément conforme aux vœux des ONG qui en appellent à une sortie pure et simple du charbon, énergie considérée comme la plus climaticide.  

"C’est difficile de dialoguer sur cette base", précise Laurence Pessez dont la banque est particulièrement ciblée par les ONG. "Notre politique sur ce sujet est définie non pas sur ce postulat mais en fonction de la réalité de la demande énergétique de pays comme l’Indonésie, la Chine ou l’Inde et en distinguant les pays de l’OCDE des autres".  

Pour les pays hors OCDE, BNP Paribas ne financera plus les projets charbon si le pays ne s’est pas engagé à limiter ses émissions de gaz à effet de serre dans le cadre de la COP 21 et si les mécanismes de consultation et d’indemnisation des populations locales impactées ne sont pas solides. Enfin la banque exigera que la centrale soit conçue pour émettre le moins de carbone possible et que l’entreprise porteuse du projet soit elle-même engagée dans une stratégie de diversification énergétique.

Dans le secteur financier, les projets liés au charbon sont de plus en plus décriés puisqu’ils cumulent risques financiers, environnementaux et de réputation (ils sont la première cible des ONG). L’extinction de cette ressource énergétique par assèchement de ses financements et dégradation spectaculaire de  son modèle économique est un scénario dont la probabilité s’accélère à l’approche de la COP21.  

Anne-Catherine Husson-Traore
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