Publié le 23 novembre 2015

EMPREINTE TERRE

Les OGM ne sauveront pas le climat

Des cultures qui fixent l’azote ou le méthane, des variétés résistantes à la sècheresse pour adapter l’agriculture au réchauffement... Les industries des biotechnologies mettent en avant de nombreuses innovations pour répondre aux défis du changement climatique. Une stratégie qui accompagne la volonté des multinationales des semences d’élargir leurs marchés. Mais l’efficacité de ces cultures OGM est loin d’être prouvée.  

Rémy gabalda / AFP
Photo d'illustration

Les organismes génétiquement modifiés (OGM) permettront-ils à l'agriculture de répondre aux défis du changement climatique ? C'est le pari des multinationales des biotechnologies. Elles promettent en effet des semences OGM qui réduiront les gaz à effet de serre et qui seront adaptées aux nouvelles conditions du climat.  

C’est ce que Monsanto, Syngenta et consœurs appellent les semences Climate Ready. Plus de 261 brevets ont été déposés en 2010 pour une tolérance à des stress environnementaux (sècheresse, chaleur...), selon l'association InfOGM. Pourtant les cultures OGM résistantes à la sécheresse tardent à faire leur preuve. Elles font même moins bien que les plantes sélectionnées par des méthodes de croisement classiques (voir notamment un article de la revue Nature.  

 

Des monocultures inadaptées aux aléas climatiques  

 

Autre critique soulevée par certains chercheurs, les semences OGM sont uniformes, ciblées pour des conditions de culture données. Or impossible de connaître avec précision la façon dont le climat va évoluer localement, tant les dynamiques climatiques modifiées par le réchauffement global sont complexes. La question pour les agriculteurs est alors moins de trouver des solutions prédéterminées que de développer des capacités d'adaptation aux aléas du climat.  

Par exemple, des recherches de l'Institut de recherche en développent (IRD) au Sahel ont montré que le mil s'est bien adapté aux forts épisodes de sécheresse des années 1970-1990, grâce à la diversité génétique au sein d'une même variété de semences. Les plantes les plus robustes aux épisodes de sécheresses se sont distinguées dans les champs et la sélection par les paysans a fait le reste.  

Un autre projet consiste à réduire la contribution des cultures aux émissions de gaz à effet de serre. Depuis plus d’une dizaine d’années des recherches sur les OGM portent sur des plantes capables de réduire les rejets de protoxyde d'azote et de méthane dans l’atmosphère, deux gaz au fort pouvoir réchauffant. Par exemple, le procédé Nytrogen Use Efficicency permet aux plantes de mieux fixer l’azote des engrais industriels. Cette technologie est homologuée comme un mécanisme de développement propre par l’ONU. Il permet donc aux entreprises qui l'utilisent de répondre aux politiques du climat, voire d'obtenir des crédits carbone si un marché carbone venait à se mettre en place.  

 

"Les entreprises des biotechnologies tentent de verdir leurs innovations"  

 

Cette stratégie sur le climat pourrait permettre aux compagnies des biotechnologies d’élargir leurs marchés, en particulier vers l'Europe et l'Afrique qui continuent encore largement de leur tourner le dos. L'annonce par Monsanto début octobre qu'il supprimerait 2 600 emplois, soit environ 13 % de ses effectifs totaux, rappelle l'enjeu de commercialiser les semences OGM brevetées après les milliards investis dans leur mise au point.  

"Les entreprises des biotechnologies tentent de verdir leurs innovations en prêtant aux OGM certaines qualités environnementales qu'elles n'ont pas", rétorque InfOGM qui vient de sortir une publication sur le sujet. Organisations paysannes et environnementales rappellent en effet que les plantes génétiquement modifiées participent à l’empreinte colossale de l’agriculture sur le climat (25 % environ des émissions). Ces monocultures demandent beaucoup de produits chimiques (engrais de synthèse, herbicides, pesticides), à la différence des approches agro-écologiques vantées pour leur sobriété chimique et énergétique. Par ailleurs, la grande majorité des OGM cultivées sont destinées à l’alimentation animale, responsable d’une grande part des émissions du secteur.

Magali Reinert
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