Publié le 22 mai 2015

EMPREINTE TERRE

Finance et climat : assurer une "transition ordonnée" vers une économie décarbonée

Une première. Ce vendredi 22 mai, près d'un millier d'investisseurs du monde entier se sont réunis pour parler changement climatique dans le cadre du Climate Finance Day, au siège de l'Unesco à Paris. Au-delà du partage des bonnes pratiques des acteurs déjà mobilisés sur le sujet, des engagements ont été pris par des acteurs incontournables comme AXA, la Caisse des dépôts ou Bank of America. Objectif : entraîner l'ensemble du secteur financier dans la prise en compte du risque climatique.

Photo d'illustration.
Antonin Amado / Novethic

"Les investisseurs ont un rôle essentiel à jouer pour passer à une économie bas carbone. Beaucoup d'entre eux ont travaillé ensemble pour s’atteler à cette question fondamentale, même s'il reste encore beaucoup à faire", a déclaré Fiona Reynolds, la directrice des Principes pour l'investissement responsable (PRI) lors du Climate Finance Day qui réunissait ce 22 mai près d'un millier de financiers, assureurs, banques et autres investisseurs autour de la question du changement climatique.

"Le climat n’est peut-être pas encore au cœur des préoccupations du secteur financier, mais force est de constater que ce secteur prend de plus en plus la parole sur le sujet parce qu'il est dans son propre intérêt d'agir", soulignent ainsi CDC Climat (Groupe Caisse des Dépôts) et l'IDDRI, qui viennent de publier un rapport sur l'intégration du changement climatique dans le secteur financier et sa gouvernance. Un document dans lequel les deux institutions détaillent les raisons et les actions qui doivent encore être menées pour rester sous les 2° de réchauffement global d'ici la fin du siècle.

 

Changer d'échelle

 

De fait, le Climate Finance Day a permis d'aborder concrètement les enjeux : multiplier les investissements verts, intégrer le risque carbone dans les modèles d'investissement et, comme l'annonçaient clairement les organisateurs, réorienter des milliers de milliards d'euros vers une économie bas carbone1.

Autant dire que les engagements actuels de décarbonation des portefeuilles, de désinvestissement ou d'engagement actionnarial doivent changer d'échelle et passer à la vitesse supérieure, pour entraîner l'ensemble du secteur financier dans leur sillage.

Pour mesurer l'effort déjà réalisé, on peut accéder à une plateforme qui centralise les engagements des membres des 7 grandes organisations financières (PRI, UNEP-Finance initiative, CDP, IGGCC, etc), lancée cette semaine. Baptisée "Investors on climate change", cette plateforme regroupe les actions de plus de 400 investisseurs de 130 pays, représentant plus de 25 000 milliards de dollars.

Une autre plateforme, dédiée cette fois aux engagements spécifiques des assureurs, devrait voir le jour très prochainement. Car c'est aujourd'hui la catégorie d'investisseurs privés la plus mobilisée. Cela s'est d'ailleurs traduit très concrètement par un discours très volontariste du PDG d'AXA, Henri de Castries, à la tribune en fin de matinée.

Le premier assureur mondial a ainsi annoncé cinq grandes mesures. La plus emblématique : un désinvestissement du charbon pour un montant de 520 millions d'euros. Les entreprises exclues ont soit plus de 50 % de leur chiffre d’affaires dans le charbon, soit un mix énergétique composé à plus de 50 % de charbon. Autre mesure : le triplement de ses investissements verts, à hauteur de 3 milliards d'euros d'ici 2020. AXA entend aussi généraliser l'utilisation de l'analyse ESG à tous ses portefeuilles d'ici la fin de l'année.

Sur le risque climatique, l'assureur vient aussi de signer, comme quatre autres grands investisseurs institutionnels français, dont la Caisse des dépôts, le Montréal Pledge, qui l'engage à évaluer et publier l'empreinte carbone de ses investissements, là encore d'ici fin 2015. Sur la dimension cruciale des pays émergents, AXA rejoint l'African risk capacity initiative, un mécanisme de réassurance climatique pour les États membres de l'Union africaine. "Un premier pas", a assuré Henri de Castries.

 

Les raisons du changement

 

Ces engagements étaient inenvisageables il y a encore un an. L’organisation du Climate Finance Day a permis d’accélérer le calendrier, et a donné de l'ambition à certains acteurs désireux de montrer leurs convictions à moins de 200 jours de la COP21.

L'un des symboles du changement de paradigme en cours est la présence, lors de cet événement dédié aux investisseurs, d'Anthony Hobley, le directeur de Carbon Tracker Initiative, l'organisation qui a inventé le concept de risque carbone. Son message est clair : "C'est la toute dernière limite pour entamer la transition vers une économie bas carbone. Si des actions ne sont pas prises immédiatement, le risque va augmenter de façon exponentielle, et le risque est de voir naître une panique totale, comme pour la crise financière de 2008. Le risque carbone est une menace systémique, qui ne peut être évitée qu'avec une transition ordonnée et une évolution en profondeur du business model des énergies fossiles."

 

[1] Entre 89 et 93 milliers de milliards de dollars d’ici à 2030 dans le récent rapport de la New Climate Economy.

Anne-Catherine Husson-Traore et Béatrice Héraud
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