Publié le 09 décembre 2015

EMPREINTE TERRE

COP21 : accord en vue, mais avec quelle ambition?

Un nouveau projet d’accord a été publié mercredi 9 décembre. S’il est plus court et compte moins d’options et de crochets, les pierres d’achoppement restent cependant les mêmes : le transfert financier des pays industriels vers les pays en développement, la différentiation - c’est-à-dire la répartition des efforts dans la lutte contre le réchauffement climatique entre pays du Nord et pays du Sud - et le niveau d’ambition. Décryptage.

Laurent Fabius, le président de la COP21 en séance plénière.
Dominique Faget / AFP

C’est un texte "nettoyé" que les négociateurs ont remis mercredi à Laurent Fabius, en sa qualité de président de la COP21. Plus court et plus concis (de 43 pages, il passe à 29), il en devient plus lisible. "C’est un progrès", se félicite le chef de la diplomatie française. Avant d’apporter un bémol : "mais il reste du travail à faire. Sur quelques points politiques, la discussion est ouverte". 

La concision du texte fait en effet apparaître de manière plus claire les avancées. Et les points de contentieux. Pour Laurent Fabius, ils sont au nombre de trois : le financement, la différenciation et le niveau d’ambition. Des sujets d’autant plus sensibles qu’ils sont transversaux. C’est-à-dire qu’ils touchent à l’ensemble du texte. Et en sont la colonne vertébrale.

Mais le temps presse. Il faut aboutir d’ici vendredi à un accord juridiquement contraignant, universel et équitable. Pour cela, pas de mystère, les délégations devront travailler toute la nuit et demain, jusqu'à produire une nouvelle version du texte, prévue pour être publiée demain après midi pour un vote du texte définitif vendredi à 18 heures.

 

 

Une "bonne base de travail"

 

En attendant, les délégations qui n'ont eu que quelques heures pour se faire une idée du nouveau texte ont rendu leur verdict dans le Comité de Paris, l'instance destinée à établir des compromis informels entre toutes les délégations et dont les séances sont publiques.

Verdict : la nouvelle mouture du projet d’accord est une "bonne base de travail". Et ce quelles que soient les délégations. Des groupes aux intérêts aussi divergents que le groupe de l’ombrelle (pays membres de l’OCDE) ou celui des petits États insulaires (AOSIS) ont assuré leur volonté de continuer les discussions sur ce texte. De fait, des compromis ont pu être atteints. Par exemple sur le renforcement des capacités structurelles et technologiques des pays les moins avancés, l’adaptation, la transparence, le développement et le transfert de technologie, les forêts et les moyens de coopération.

Surtout, les différentes interventions semblent indiquer une convergence vers le seuil des 1,5°C et non plus sous les 2°C comme le consensus pré-COP l'établissait. "C’était difficilement imaginable il y a seulement quelques mois", se réjouit Monica Araya, fondatrice du think tank Nivela et de l’observatoire citoyen Costa Rica Limpia, experte auprès du Climate Vulnerable Forum. Et le mécanisme de révision des contributions, toujours à la hausse, et tous les 5 ans, est acté (sous la condition, pour les pays en développement, du soutien des pays développés). Seulement la date de la première révision est toujours sujette à débat.

 

Un objectif à 1,5°C, mais sans feuille de route 

 

Mais le diable se cache dans les détails : ce qui manque selon les ONG et les délégations des pays les plus vulnérables, ce sont les moyens de mettre en œuvre ces ambitions. "L'inscription des 1,5°C ne sert pas à grand chose si l'on ne dit pas comment nous allons y parvenir", souligne Jean-François Julliard, le directeur de Greenpeace. Même constat pour l'Inde : "il n'y a pas de feuille de route claire".

A titre d'exemple, on peut citer la partie sur l'atténuation, qui laisse encore une grande marge de manœuvre sur la cible de réduction des émissions (soit une baisse de 40 à 70%, soit une baisse de 70 à 95%. Ces deux options pouvant être envisagées à un horizon 2050 ou ... 2100). Quant à la question du financement, elle reflète encore "une vision du monde divisée en deux entre pays développés et pays en développement." 

"Le problème n'est pas résolu du tout. Il n'y a pas de hausse de l'ambition financière après 2020", souligne Michael Jacobs, le conseiller spécial de la New Climate Economy et ancien bras droit de Gordon Brown, l'ancien Premier ministre britannique. Et les financements pré 2020 ne sont pas à la hauteur selon la Fondation Nicolas Hulot.

Un point fait aussi tiquer deux pays, l'Arabie Saoudite et le Venezuela, : le prix du carbone, dont il mention dans la décision de la COP. Un symbole de la difficulté de ces pays, fortement dépendants des hydrocarbures, à opérer le bouleversement nécessaire de leur économie si l'ambition des 1,5°C était maintenue. Et appliquée.

Claire Stam et Béatrice Héraud
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