Publié le 13 février 2017

EMPREINTE TERRE

Œufs de poules en batterie : pourquoi la grande distribution dit stop

Après Monoprix, Système U, Carrefour… l’enseigne Casino se détourne des œufs de poules élevées en cage. En cause : la pression des consommateurs sensibilisés au bien-être animal, notamment par les vidéos chocs de l’association L214. Mais aussi celles des investisseurs qui se préoccupent de plus en plus de ce sujet. Explications.

Aujourd'hui, 68% des 14,7 milliards d’œufs français sont issus de poules élevées en cage.
Fabrizio Villa / AFP

Au tour de Casino. L’enseigne a annoncé vendredi son intention de ne plus vendre d’œufs de poules élevées en cage. En cause : le bien-être animal. Depuis plusieurs mois, Monoprix, Carrefour ou encore Système U ont franchi le pas. Intermarché s’est engagé à stopper la commercialisation d’œufs issus de poules pondeuses en batterie sous sa propre marque d’ici 2020 et pour l’ensemble des fournisseurs en 2025. D’ici là, "les éleveurs auront le temps nécessaire pour s’adapter aux nouvelles exigences et développer des méthodes d’élevage alternatives à la cage aménagée", assure Les Mousquetaires.

Plus précisément, il s’agit d’œuvrer pour une transition des œufs de catégorie 3, ceux issus des poules en cage, vers une catégorie 2 (poules en poulailler) et atteindre, à terme, les catégories 0 ou 1 (en plein air et bio). Un vrai défi : 68% des 14,7 milliards d’œufs français sont issus de poules élevés en cage.

La grande distribution dépasse ici les exigences de l’interprofession des œufs. En octobre 2016, le CNPO s’était engagé, via un "contrat sociétal d’avenir", à atteindre un objectif de 50% de poules pondeuses en élevages alternatifs d’ici 2022.

 

Vidéos chocs et pression des consommateurs 

 

Pourquoi cet élan collectif ? "Notre engagement répond à une demande croissante des clients, de plus en plus attentifs aux conditions d’élevage et au bien-être animal", indique par exemple Intermarché. Car depuis quelques années, on observe une prise de conscience progressive des consommateurs et de l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise sur ces enjeux. 

En France, cette mobilisation a notamment pris forme par le biais des actions musclées de l’association de protection animale L214. À coup de vidéos en caméra cachée dans les élevages industriels, l’association a porté la question sur le devant des scènes médiatique, politique et industrielle. 

Pour la grande distribution, tout s’accélère l’an dernier. En mars 2016, la L214 publie une vidéo d’une exploitation de 200 000 poules pondeuses de l’Ain. Les images choquent les internautes : des poules entassées, marchant sur des cadavres en décomposition, des asticots grouillant sur le sol, des œufs infestées de poux… Intermarché décide alors d’arrêter de se fournir dans cet élevage. Rien ne l’y oblige, mais la pression des consommateurs est forte.

Sensibles à leur réputation, et dans le cadre de leurs engagements RSE, les grandes enseignes de distribution françaises s’engagent alors, une à une.

 

Une préoccupation majeure pour les investisseurs 

 

Ce virage, le Business Benchmark on Farm Animal Welfare (BBFAW) l’observe depuis un an au niveau mondial. L’association parle même d’un "changement frappant" chez les entreprises. "Elles sont de plus en plus nombreuses à décrire le bien-être des animaux d’élevage en termes d’opportunités – financières et réputationnelles" – et non plus comme un risque, note-t-elle dans un rapport publié fin janvier sur les leaders mondiaux de l’agroalimentaire.

Un changement qui reflète une demande croissante des investisseurs. "Le bien-être des animaux est devenu une considération majeure pour les investisseurs", affirme Rosie Wardle de FAIRR, une initiative d’investisseurs visant à inscrire la question de l’élevage industriel dans l’agenda ESG (environnemental, sociétal et de gouvernance).

"C’est de plus en plus un indicateur utilisé par les actionnaires pour tester la qualité de gestion dans les entreprises alimentaires comme le sont la santé et la sécurité dans l'industrie de l’énergie", souligne la directrice du pôle investissement de FAIRR. Les investisseurs commencent à "influencer la pratique du bien-être des animaux d’élevage"... Et les entreprises "réagissent"

 

Pour aller plus loin, voir la formation de Novethic sur les risques ESG (environnement, social et gouvernance) de l'agrobusiness le 22 février.

 

 

Marina Fabre
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