Publié le 01 juin 2017

ENVIRONNEMENT

Maltraitance animale : la grande distribution se détourne de l'élevage de poules en batterie

Le groupe Panzani s’est engagé mardi 30 mai à ne plus vendre d’œufs de poules élevées en cage d’ici 2025. Cette décision fait suite à une vidéo publiée par l'association L214 montrant les conditions déplorables d'élevage chez un de ses fournisseurs. Il rejoint ainsi Monoprix, Système U, Carrefour ou encore Casino. En cause : la pression des consommateurs mais aussi celles des investisseurs qui se préoccupent de plus en plus de ce sujet.

Aujourd'hui, 68% des 14,7 milliards d’œufs français sont issus de poules élevées en cage.
Fabrizio Villa / AFP

Au tour de Panzani. Le géant des pâtes a annoncé mardi 30 mai son intention de ne plus vendre d’œufs de poules élevées en cage. "Le groupe Panzani est fortement engagé dans un programme responsable sur le bien-être animal consistant à développer l’élevage en plein air des poules avec l’objectif d’être à 100% d’œufs hors cage d’ici 2025", précise-t-il dans un communiqué.

Le même jour, l’association L214, qui milite contre la maltraitance animale et la consommation de viande, avait publié une vidéo choc montrant des animaux dans un état déplorable et des conditions sanitaires exécrables, des poules extrêmement déplumées, des parasites grouillant sur les œufs, des poules blessées dans un état dramatique, des cadavres dans les cages....

Elle a été tournée en caméra cachée dans un élevage de Vendée appartenant à la société Geslin, fournisseur de Lustucru Frais, marque du groupe Panzani. Même si cet élevage en particulier "n’a jamais fourni le moindre produit à la Société Lustucru Frais", Panzani affirme avoir suspendu tout approvisionnement de ce fournisseur en attendant le résultat d’un audit confié au cabinet indépendant Veritas.

La grande distribution s'engage

De plus en plus d’entreprises de la grande distribution ont décidé de ne plus vendre d’œufs de poules en batterie. Leclerc, Carrefour, Intermarché ou encore Casino ont franchi le pas. Ils se sont engagés à ne plus commercialiser d’œufs issus de poules pondeuses en batterie sous leur propre marque d’ici 2020, et dans la totalité des rayons d’ici 2025. D’ici là, "les éleveurs auront le temps nécessaire pour s’adapter aux nouvelles exigences et développer des méthodes d’élevage alternatives à la cage aménagée"assure le groupement des Mousquetaires.

Il s’agit d’œuvrer pour une transition des œufs de catégorie 3, ceux issus des poules en cage, vers une catégorie 2 (poules en poulailler) et atteindre, à terme, les catégories 0 ou 1 (en plein air et bio). Un vrai défi quand on sait que 68% des 14,7 milliards d’œufs pondus en France (premier producteur d'oeufs en Europe) sont issus de poules élevées en cage.

La grande distribution dépasse ici les exigences de l’interprofession des œufs. En octobre 2016, le CNPO s’était engagé à atteindre un objectif de 50% de poules pondeuses en élevages alternatifs d’ici 2022.

Une préoccupation majeure pour les investisseurs 

Ce virage des grandes enseignes de distribution, le Business Benchmark on Farm Animal Welfare (BBFAW) l’observe depuis un an au niveau mondial. L’association parle même d’un "changement frappant". "Elles sont de plus en plus nombreuses à décrire le bien-être des animaux d’élevage en termes d’opportunités – financières et de réputation – et non plus comme un risque", note-t-elle dans un rapport publié fin janvier sur les leaders mondiaux de l’agroalimentaire.

Un changement qui reflète une demande croissante des investisseurs. "Le bien-être des animaux est devenu une considération majeure pour ces derniers", affirme Rosie Wardle de FAIRR, une initiative d’investisseurs visant à inscrire la question de l’élevage industriel dans l’agenda ESG (environnemental, sociétal et de gouvernance).

"C’est de plus en plus un indicateur utilisé par les actionnaires pour tester la qualité de gestion dans les entreprises alimentaires, comme le sont la santé et la sécurité dans l'industrie de l’énergie", souligne la directrice du pôle investissement de FAIRR. Les investisseurs commencent à "influencer la pratique du bien-être des animaux d’élevage"... Et les entreprises "réagissent"

Marina Fabre, @fabre_marina


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