Publié le 16 mars 2016

EMPREINTE SOCIALE

La société coopérative d’intérêt collectif : l’entreprise de demain ?

Un diplômé de grande école sur deux souhaite travailler dans l’ESS, l'économie sociale et solidaire (1). Une façon de se sentir utile et d’innover. Près de 25 % d’entre eux envisagent même de créer leur propre entreprise. Parmi les statuts qui existent, celui de SCIC (société coopérative d’intérêt collectif) est en train de connaître un certain engouement face au désengagement de plus en plus criant des collectivités. Il constitue aussi un atout pour la transition énergétique. Témoignages.

Photo d'illustration.
iStock

Julien Besnard a franchi le pas en 2011. Il a choisi une structure de l’économie sociale et solidaire pour lancer son entreprise d’autopartage, Citiz IDF Ouest. Le jeune homme s’est ainsi tourné vers le statut de SCIC (société coopérative d’intérêt collectif). Une évidence.  

Créé par la loi du 17 juillet 2001, ce n’est que depuis 2012 que ce statut connaît une montée en puissance avec une centaine de SCIC créées chaque année. Aujourd’hui, on en compte 525 dans l’Hexagone, représentant quelque 3 000 salariés. Une goutte d’eau dans le paysage économique français… Pourtant, la SCIC présente de nombreux avantages et semble promise à un bel avenir. 

D’une part, elle permet d’associer l’ensemble des parties prenantes (bénéficiaires, salariés, collectivités, financeurs…) à la gouvernance de l’entreprise, sur le principe coopératif 1 personne = 1 voix. Une promesse qui a de quoi séduire des citoyens de plus en plus enclins à s’engager.

D’autre part, elle permet de répondre à un besoin collectif, identifié sur un territoire, à un moment où les collectivités publiques peinent à remplir leurs caisses. 

 

Rentabilité économique 

 

Pour Julien Besnard, l’objectif est de rendre la ville plus durable, en se déplaçant autrement. Avec ce chiffre en tête : une voiture en autopartage remplace neuf voitures particulières. En créant son service d’autopartage en grande couronne parisienne, il espère ainsi éviter l’achat d’une deuxième – et même parfois d’une troisième – voiture au sein du foyer.

Pour amorcer l’activité, il commence par acheter deux premiers véhicules. Aujourd’hui, il gère un parc de 15 automobiles en autopartage dans le Val d’Oise, compte 220 utilisateurs et a réussi à convaincre 86 sociétaires d’investir à ses côtés. 

Ses principaux alliés, ce sont les collectivités locales. Ce sont elles qui décident de réserver tel emplacement en ville à une voiture en autopartage. Le deal est simple : pour nouer un partenariat, Julien Besnard leur demande d’entrer au capital de la SCIC et d’être utilisatrice du dispositif. Au total, huit mairies et le syndicat mixte du parc du Vexin l’ont suivi.

Les autres collèges de sociétaires sont composés des salariés (Julien Besnard uniquement aujourd'hui), des utilisateurs, des soutiens historiques, du réseau national Citiz et de quatre Cigales parisiennes (Clubs d'investisseurs locaux au service du développement d'entreprises solidaires). Chacun participe aussi aux prises de décision.  

"On est à mi-chemin entre l’association et l’entreprise, raconte Julien Besnard. On a des impératifs de rentabilité économique, mais cette gouvernance originale nous oblige à toujours être dans la discussion, à trouver des consensus. C’est génial d’être épaulé par 86 personnes : c’est un réservoir d’idées et un réseau incroyable !"

Après quatre années de perte, il espère enfin être bénéficiaire cette année et reste optimiste, persuadé de l’intérêt de sa démarche dans un contexte où la voiture constitue de moins en moins un marqueur social pour les nouvelles générations. En revanche, il s’inquiète de l’arrivée de géants sur le marché, contre lesquels il peut difficilement faire le poids en termes de financement... 

 

Une économie classique à bout de souffle 

 

Pour faire face à cette contrainte, la loi du 31 juillet 2014 sur l’ESS permet d’augmenter la part des collectivités dans le capital d’une SCIC à 50%, contre 20% jusqu’alors. "Cette mesure permet de concrétiser des projets qui n’auraient pas pu voir le jour autrement, analyse Patrick Lenancker, président de la confédération générale des SCOP (Sociétés coopératives de production). Nous sommes dans une période de profonde mutation, où l’économie classique est à bout de souffle. Nos territoires cherchent de nouveaux modèles de développement durable. Les SCIC peuvent faire partie de la réponse, car elles ont ce souci du bien commun." 

Ainsi, dans la Meuse, la commune de Commercy a activement participé au lancement de Savecom, une SCIC spécialisée dans la rénovation thermique des habitations, en 2012. L’entreprise propose d’accompagner les propriétaires dans leurs travaux, en leur offrant une prestation globale, du diagnostic initial à la conduite du chantier, en passant par la mise en place des financements. Pour cela, il a fallu rassembler beaucoup de monde autour de la table : EDF, la quasi-totalité des communes de la Meuse, les professionnels du bâtiment de la région, les propriétaires, les salariés de la coopérative, les partenaires du développement local… Des acteurs aux intérêts parfois divergents. 

"C’est sûr que ce n’est pas le statut le plus facile à gérer. Tout ne se passe pas toujours dans la dentelle car on vient bousculer certaines habitudes, on essaie de fixer un prix juste", confie Jacques Faivre, le directeur de la SCIC. Il en sait quelque chose puisque c’est la 5ème entreprise qu’il met sur pied. 

Savécom a pourtant réussi à faire bouger quelques lignes. Sur les autorisations de subventions par exemple : elles sont maintenant délivrées tous les mois, et non plus tous les 9 mois. De quoi permettre aux artisans locaux de travailler toute l’année et de mieux s’organiser. Le versement des aides intervient désormais dès le début des travaux, pour ne pas mettre en souffrance la trésorerie des entreprises. Et la SCIC va prochainement mettre en place un guichet unique pour simplifier les démarches des propriétaires.

 

Des entreprises pérennes 

 

"Nous avons un peu fait décoller l’offre, mais pas encore de façon significative, explique Jacques Faivre. Les Français ne sont pas encore prêts à payer pour mettre de la matière grise (étude, maîtrise d’œuvre) dans leurs travaux." Le chef d’entreprise espère être à l’équilibre cette année. Et si la coopérative est encore en vie aujourd’hui, c’est que les actionnaires suivent.  

"La SCIC est le seul statut qui permet de faire converger les intérêts privés vers un intérêt collectif, afin que tout le monde y gagne, les entreprises comme les particuliers, poursuit Jacques Faivre. Si on veut que le sujet de la rénovation thermique avance, il faut nécessairement impliquer tous les acteurs. C’est une approche différente, qui demande du temps, du travail et de raisonner sur une rentabilité à long terme." 

Le taux de pérennité à 3 ans des SCIC atteint 77%, contre 65% pour l'ensemble des entreprises françaises. Un taux qui passe à 63% après 5 ans d’existence, contre 50% pour les entreprises classiques. La preuve qu’il vaut le coup de s’accrocher.

 

(1) Étude Ipsos réalisée pour le Boston Consulting Group et la Conférence des grandes écoles auprès de 3 241 individus du 30 novembre 2015 au 4 janvier 2016.  
Concepcion Alvarez
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