Publié le 07 janvier 2015

EMPREINTE SOCIALE

Dépendance : aux Etats-Unis, des entreprises aident la "génération sandwich"

Comment concilier vie professionnelle et vie familiale quand on doit s’occuper non seulement de ses enfants, mais aussi de ses propres parents âgés, parfois dépendants ? Avec le vieillissement de la population, de plus en plus de salariés aux Etats-Unis sont confrontés à cette problématique. Des entreprises, conscientes de l’enjeu sociétal, mais aussi financier, commencent à mettre en place des solutions pour mieux les accompagner au quotidien: horaires plus flexibles, consultations avec des spécialistes de la gériatrie sur le lieu de travail ou encore accueil de groupes de parole autour d’un conseiller expert.

Photo d'illustration
© iStock

Quand son père a commencé à souffrir de démence sénile, Jody Gastfriend, une spécialiste de l’aide aux personnes âgées, s’est retrouvée comme "prise en sandwich" dans un étau de stress. "Je devais m’occuper de mes trois enfants et de mes parents, alors que je continuais à travailler à temps plein", se souvient cette travailleuse sociale chevronnée, désormais vice-présidente au sein du groupe de santé Care.com.

De cette expérience personnelle éprouvante est née une conviction: "personne ne devrait avoir à choisir entre aider un proche et assurer son travail". De plus en plus d’entreprises américaines en sont aujourd’hui conscientes et développent des programmes pour aider leurs salariés qui s’occupent de parents âgés à concilier vie professionnelle et vie familiale.

 

Le besoin n°1 ? la flexibilité

 

Car les salariés qui appartiennent à cette "génération sandwich" souffrent d’un stress bien particulier, avec des ressorts émotionnels, physiques et financiers qui s’entremêlent. "Que la nounou de votre fils vous appelle parce qu’il a un peu de fièvre, cela fait partie de la vie courante et vous savez que ça ne durera que quelques heures, rappelle Jody Gastfriend. Mais avec une personne âgée, on parle de maladies chroniques qui s’étalent sur des mois ou des années avec, au bout, la dépendance." Une situation particulière qui appelle des solutions adaptées.

Flexibilité est le maître mot en la matière. Quand un parent âgé est hospitalisé en urgence par exemple, plusieurs entreprises américaines proposent du travail à distance ou des aménagements d’emploi du temps. D’autres, comme le groupe médical Gundersen Lutheran, ont mis en place une "banque d’échange d’heures de travail", via laquelle des employés peuvent offrir du temps de repos à leurs collègues en difficulté.

 

Bénéfice collatéral : moins d’absentéisme et plus de productivité

 

Le laboratoire pharmaceutique Pfizer utilise de son côté les nouvelles technologies, notamment Skype, le service d’appels vidéo via Internet. "Imaginez: votre proche doit aller à une visite médicale alors que vous travaillez à deux heures de là. Vous branchez Skype au bureau et vous pouvez suivre toute la consultation à distance, en évitant des trajets inutiles", raconte Drew Holzapfel, le directeur de ReACT. Cette coalition rassemble 40entreprises qui ont rédigé ensemble un guide de "bonnes pratiques".

Parmi elles, le groupe Fannie Mae, la banque de refinancement hypothécaire montrée du doigt pendant la crise financière et qui est pourtant en pointe sur le sujet. Elle fait notamment appel aux services d’une spécialiste de la gériatrie qui accompagne les salariés "aidants" dans toutes leurs démarches, par exemple la recherche d’une maison de retraite.

Et parce que la dépendance est un sujet douloureux, parfois tabou, d’autres entreprises américaines proposent à leurs employés de participer à des groupes de parole: pendant la pause déjeuner, les volontaires peuvent venir se confier et débattre, en toute confidentialité, autour d’un conseiller.

Une perte de temps et d’argent pour l’entreprise? C’est tout le contraire, estime Drew Holzapfel pour qui les employeurs ont tout intérêt à s’engager s’ils veulent "diminuer l’absentéisme et augmenter la productivité". Aux Etats-Unis, 70% des employés qui s’occupent d’un parent âgé ont dû un jour faire des sacrifices professionnels: quitter leur travail en urgence, prendre des congés supplémentaires ou renoncer à une promotion. Sans compter les problèmes de santé que rencontrent ces "aidants", épuisés par le stress accumulé. Selon une étude réalisée par l’assureur MetLife, il y a là un manque à gagner chiffré à 34 milliards de dollars par an pour les entreprises américaines!  

Fannie Rascle
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