Lactalis dans la tourmente. Après avoir été dans le viseur des agriculteurs français, c’est au tour de la justice de s’intéresser à ce géant mondial du lait, et plus précisément à ses comptes. Perquisitionné mardi 6 février, le groupe est soupçonné de fraude fiscale aggravée et de blanchiment de fraude fiscale aggravée.

Lactalis, pas aussi blanc que son lait ? Ce géant mondial a été perquisitionné mardi 6 février par la brigade nationale de la répression de la délinquance fiscale de la police judiciaire. Selon Le Monde, à l’origine de cette information, les autorités ont ciblé le siège du groupe à Laval en Mayenne, ainsi que ses bureaux parisiens et l’hôtel particulier de son dirigeant, Emmanuel Besnier, également situé à Paris.

Ces perquisitions, prévues de longue date et sans lien avec la crise agricole actuelle, ont été effectuées dans le cadre d’une enquête ouverte par le parquet national financier (PNF) en 2018 pour fraude fiscale aggravée et blanchiment de fraude fiscale aggravée. Contacté par Novethic, le groupe français a confirmé par communiqué les perquisitions. “Elles se sont déroulées sereinement et s’inscrivent dans le cadre d’une procédure sur des faits anciens déjà examinés par les autorités”, précise Lactalis.

Une fraude de plusieurs centaines de millions d’euros ?

Dans le détail, les soupçons du PNF portent sur les années 2009-2020, lors desquelles l’entreprise aurait minoré son bénéfice imposable. Le montant des droits susceptibles d’avoir été éludés sur cette période est “évalué à ce stade à plusieurs centaines de millions d’euros”, selon une source judiciaire. “L’enquête a justement pour objet de vérifier si une fraude a été commise, et le cas échéant, d’évaluer plus précisément le montant des droits éludés”, ajoute-t-elle.

Cette même source a toutefois précisé que le PNF avait étendu les investigations aux chefs de fraude fiscale aggravée après la réception en 2019 d’un signalement de la Confédération paysanne, puis en 2022 de dénonciations fiscales obligatoires émanant de l’administration fiscale. En 2020, le site d’investigation Disclose avait évalué à 220 millions d’euros le préjudice pour les finances publiques françaises, pour la seule période 2013-2018.

D’après Le Monde, les investigations ne “portent pas à ce stade sur la fiscalité personnelle d’Emmanuel Besnier”. “Mais l’actionnaire de référence du groupe, qui contrôle l’entreprise avec ses frère et sœur, n’en est pas moins central dans le dossier, en raison de l’imbrication étroite entre les holdings de la famille et celles de l’entreprise”, précise le quotidien.

En pleine négociation avec les producteurs de lait

Cette série de perquisitions intervient alors que Lactalis est déjà sous le feu des critiques des producteurs de lait. Depuis plusieurs semaines, les agriculteurs dénoncent le fait que le prix de rachat de leur lait est fixé de manière unilatérale par le groupe, sans tenir compte des impératifs de la loi Egalim, qui doit notamment leur permettre de recevoir “un revenu digne en répartissant mieux la valeur”. Selon la Fédération nationale des producteurs de lait (FNLP), Lactalis est l’industriel qui paye le moins cher le prix du lait, entre 405 et 415 euros la tonne. À titre de comparaison “C’est qui le patron” achète quant à lui son lait à 540 euros la tonne.

Alors pour faire face à la colère des agriculteurs, Lactalis avait proposé le 23 janvier dernier une augmentation de 15 euros par 1 000 litres de lait pour les deux premiers mois de 2024. Une augmentation refusée, puisque les producteurs réclament aujourd’hui une hausse de 5% contre les 3,7% proposés par l’entreprise. Pour l’heure, et ce malgré la fin des négociations commerciales, aucun compromis n’a été trouvé entre les exploitants agricoles et l’industriel. Et l’annonce de ces perquisitions pourrait bien peser dans la balance des discussions.

Découvrir gratuitement l'univers Novethic
  • 2 newsletters hebdomadaires
  • Alertes quotidiennes
  • Etudes