Publié le 12 juillet 2017

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[Vidéo] États généraux de l'alimentation : "Le tout chimique ne fonctionne plus"

Les États généraux de l'alimentation, qui s'ouvrent ce 20 juillet, veulent définir une nouvelle agriculture. Réduire l'usage des produits phytosanitaires est une des questions qui se posent. Plusieurs agriculteurs productivistes, habitués jusqu'alors à leurs utilisations, se tournent désormais vers des méthodes alternatives car "le tout chimique ne fonctionne plus". Le but : améliorer la productivité et la fertilité du sol à long terme, "un gage de réussite pour demain" 


Marina Fabre

Le thermomètre affiche 37°C, ce mardi 20 juin, dans l’exploitation d’Hubert Fréville, agriculteur dans l’Oise à Grandfresnoy. Un faon gambade, en plein après-midi, sur ses cultures de blé. "Il vient ici régulièrement", se réjouit Hubert Fréville. "Maintenant je vois même des lapins courir sur mes parcelles. Ils viennent depuis que j’ai réduit l’usage des produits phytosanitaires comme les insecticides et fongicide", explique-t-il.

 

Depuis une quinzaine d’années, Hubert Fréville multiplie les pratiques pour favoriser la biodiversité et le développement des auxiliaires agricoles, ces insectes qui protègent les plantes en détruisant les ravageurs. L’exploitation participe au réseau d’agriculteurs AuxiProd qui veut mettre en place "une agriculture économiquement viable, productive et protectrice de l’environnement". Deux leviers sont favorisés : l’usage de techniques alternatives et l’aménagement de plantations favorables aux auxiliaires , comme les haies par exemple.

Réduire les insecticides grâce aux auxiliaires qui mangent les ravageurs 

Hubert Fréville a ainsi implanté des haies ainsi qu’une dizaine d’espèces locales d'insectes. Résultat ? Les auxiliaires de cultures se sont multipliés et le petit gibier (comme les lapins) est revenu grâce à cette nouvelle zone de refuge. "On retrouve dans une haie un nombre important d’auxiliaires notamment des carabes", explique l'agriculteur. Ces cousins des scarabées protègent les plantations en mangeant les limaces, permettant ainsi de limiter le recours aux insecticides.

Des bandes enherbées de cinq mètres de large ont également été mises en place, là encore pour servir de refuge aux auxiliaires. "Il faut surveiller régulièrement ces parcelles pour voir si le prédateur (des cultures) n’est pas présent et si les auxiliaires font bien leur travail",  raconte l’agriculteur. "Ce sont des méthodes basés sur l’observation. C’est un état d’esprit. Quand on se donne les moyens, on y arrive", affirme Hubert Fréville.

"Être capable de de travailler sans pesticide est un gage de réussite pour demain"

Beaucoup d’autres techniques restent encore à développer sur l’exploitation. Comme par exemple, le non-labour qui permet d’augmenter le taux de matières organiques dans la terre et limite la déstructuration du sol. Cette technique a été adoptée par Grégoire Lhotte, agriculteur près de Compiègne, lui aussi dans l’Oise. En 2009, 60% de ses parcelles étaient labourées contre 8% en 2016. "La terre est plus fertile", assure-t-il.

Son exploitation est membre du réseau Dephy, qui vise à réduire fortement l’usage des produits phytosanitaires. "J’ai réduit des intrants chimiques en replaçant l’agronomie au cœur de mon système, en mobilisant des leviers préventifs et en maintenant un assolement (rotation des cultures, ndr) diversifié", indique le chef d’exploitation.

"La réduction des produits phytosanitaires est nécessaire parce que  les consommateurs sont de plus en plus attentifs au sujet, mais aussi parce qu’ils ont une incidence sur nos sols en terme de productivité à long terme. Le tout chimique ne fonctionne plus. Être capable de de travailler sans pesticide est un gage de réussite pour demain", estime Grégoire Lhotte.

Ainsi, il favorise le désherbage mécanique. Le but est de détruire à l'aide de machine les adventices, ces plantes sauvages qui poussent dans les champs, sans recourir à des produits chimiques. Cela nécessite que les plantations soient plus espacées, une perte de rendement en partie compensée par des moindres achats de produits phytosanitaires. 

Lancement d'un méthaniseur 

Son objectif est de réduire de 50% l’usage des produits phytosanitaires et de 40% les herbicides entre d'ici 2018. Pour y parvenir, l’agriculteur a, entre autres, lancé un projet de méthaniseur à 6 millions d'euros. "L’idée était de retrouver une source de matière organique à utiliser sur l’exploitation. On pensait au départ à l’élevage mais on s’est finalement orienté vers cette nouvelle production qui permet de fournir de l’énergie pour les collectivités", explique Grégoire Lhotte.

Les matières organiques incorporées dans le méthaniseur, comme de la pulpe de betteraves ou des cultures non vendables, sont transformés en digestat. Le fertilisant résultant pourra ainsi être directement épandu sur les cultures. De plus, le méthaniseur doit, à terme, produire 400 mètres cubes par heure de biométhane qui seront injectés dans le réseau de distribution de la ville voisine, Compiègne. Un bénéfice double pour l'agriculteur. 

Marina Fabre @fabre_marina

 

 


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