Publié le 12 octobre 2017

INFOGRAPHIES & VIDÉOS

[VIDEO] Manifestation des agriculteurs : "ils s’en mettent plein les poches"

À Paris, la place de la République avait des airs de ferme mercredi 11 octobre. Les agriculteurs de la FNSEA s'étaient réunis pour parler "directement aux consommateurs". Ils fustigeaient les distributeurs et industriels qui "s'en mettent plein les poches". Tous plaident pour une meilleure redistribution des marges et une revalorisation des coûts de production. "L'alimentation à un prix", scandent-ils aux Parisiens venus les écouter.

En plein États généraux de l'alimentation les agriculteurs de la FNSEA ont voulu sensibiliser les consommateurs à la crise qu'ils traversent
Marina Fabre

Du foin, des vaches, des brebis, des fruits et des légumes... Difficile de croire que nous sommes sur la place de la République à Paris. Les agriculteurs de la FNSEA, principal syndicat agricole, et celui des Jeunes agriculteurs, ont investi la place à coups de stands régionaux. Objectif : sensibiliser les consommateurs.

"On est là pour leur expliquer que l’alimentation à un prix", témoigne un producteur laitier. "S’ils veulent continuer à avoir une alimentation de qualité, il faut qu’ils achètent français même si c’est plus cher que le lait étranger", estime-t-il.

"Ils s’en mettent plein les poches"

Il faut dire que la situation est critique. Les derniers chiffres de la MSA, Mutualité sociale agricole, font état de 30 % d’agriculteurs vivant avec moins de 350 euros par mois et 20 % en déficit. En cause notamment, les importantes marges des distributeurs et des industriels, estiment les agriculteurs présents.

"Ils s'en mettent plein les poches", s’énerve Jean-Roch Lemoine, poly-cultivateur et éleveur de Brebis dans l’Aube. "Je vends ma viande à 6,10 euros le kilo et je la retrouve à 25 euros dans les rayons des supermarchés", explique l’éleveur venu présenter quelques agneaux aux passants parisiens.

Partir du coût de production pour fixer le prix de vente

Sur un kilo de pommes vendu à 1,79 euro, 30 centimes seulement reviennent aux producteurs, soit 17 % du prix. "Pour vivre dignement, il faut une meilleure répartition des marges", estime Jean-Roch Lemoine. "Et surtout, partir du prix de production pour établir le prix de vente", ajoute Jacques Rouchaussée, président des producteurs de fruits et légumes de France.

Une mesure qu’Emmanuel Macron, en visite à Rungis le même jour, a soutenue. "Nous modifierons la loi pour inverser la formation du prix, qui partira du coût de production", a-t-il annoncé, "le juste prix payé doit être un objectif, et il doit accompagner nos décisions".

"Ils sont bio et élevés en plein air, vos oeufs ?" 

Mais en contrepartie les filières interprofessionnelles représentant les producteurs, transformateurs et distributeurs devront s'organiser dès la fin de l'année et présenter des plans concrets pour une alimentation plus saine et durable. Objectif : 50 % d'alimentation bio ou locale d'ici 2022 en restaurant collective.

Un sujet crispant pour la FNSEA. "Tous les Français ne mangeront pas bio demain", a scandé la présidente du syndicat, Christiane Lambert, à l’issue du discours d'Emmanuel Macron. Et sur le terrain, les agriculteurs n'échappent pas à ses tensions. "Ils sont bio et élevés en plein air vos œufs ?", demande ainsi un client parisien à un producteur place de la République. "C'est tout comme", répond vaguement l'éleveur. "Ils n'ont que le bio à la bouche", nous souffle-t-il, l'air las. Un symbole du fossé grandissant entre les attentes des consommateurs et les agriculteurs conventionnels.

Marina Fabre @fabre_marina


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