Publié le 25 novembre 2021

SOCIAL

Qatar : malgré quelques avancées, les droits des travailleurs migrants encore trop peu respectés

Malgré des progrès dans la loi, le Qatar peine toujours à faire respecter les droits des travailleurs migrants sur le terrain. Des manquements pointés par l’ONG Amnesty International dans une analyse récente. Elle appelle l’émirat à agir d’ici le Mondial de football en 2022.

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Le Qatar va organiser la coupe du monde du football en 2022.
typhoonski / Istock

Des progrès dans la loi mais des répercussions insuffisantes sur le terrain. C’est le constat dressé par l’ONG Amnesty International sur les avancées du Qatar en matière de réforme de son système d’emploi pour les travailleurs étrangers. Intitulé Reality Check 2021, ce document passe en revue les manquements de l’émirat à un an de l’organisation du prochain Mondial de football sur son territoire.

"Le Qatar n’a toujours pas respecté sa promesse d’abolir le système de parrainage (kafala), ni renforcé la protection des travailleurs migrants", déplore l’ONG spécialiste des droits humains. Pourtant supprimée dans la loi l’été dernier, la "kafala" semble toujours appliquée par de nombreuses entreprises qatariennes dans les faits.  Ce système de "parrainage" permet d'interdire aux salariés migrants de changer d'employeur ou de quitter le pays, en confisquant leur passeport.

Autre manquement pointé par l’ONG : les paiements tardifs et les non-paiements des salaires afin d’empêcher les travailleurs de quitter leur employeur. En 2017, des tribunaux spécialisés et des fonds d’indemnisation pour les rémunérations non versées ont pourtant été mis en place par le Qatar. Mais leur accès reste encore "très restreint" pour la main-d’œuvre étrangère selon Amnesty.  À rappeler également qu’il lui est toujours interdit de se syndiquer aujourd’hui.

Selon une enquête publiée en février 2021 par le quotidien britannique The Guardian, en dix ans 6500 ressortissants d’Inde, du Pakistan, du Népal, du Bangladesh et du Sri Lanka seraient morts au Qatar. En août 2021, Amnesty International a dénoncé le peu d’enquêtes judiciaires ouvertes sur les décès prématurés de milliers de migrants dans le cadre de leur travail. Si les autorités qatariennes assurent faire le nécessaire, l’ONG ne le constate pas sur place.

Le Qatar "rejette" les affirmations d’Amnesty

 "Les avancées obtenues ne serviront à rien si le Qatar se contente d’une mise en œuvre faible des politiques adoptées et n’amène pas les auteurs de violations à rendre des comptes", déplore Mark Dummett, directeur du programme Thématiques mondiales à Amnesty International.

Le bureau de communication du gouvernement qatarien rejette "les affirmations selon lesquelles les réformes n'ont pas été traduites dans les faits pour des centaines de milliers de travailleurs immigrés". Il argue : "Plus de 240 000 travailleurs ont réussi à changer d'emploi depuis septembre 2020 et plus de 400 000 ont directement bénéficié d'un nouveau salaire minimum."

Au nombre de 2 millions environ (sur une population de 2,5 millions), la grande majorité des travailleurs migrants au Qatar viennent d’Asie et d’Afrique. Ils travaillent essentiellement dans la construction de bâtiments (notamment les stades) et l’hôtellerie, en vue de la Coupe du monde de football organisée du 21 novembre au 18 décembre 2022. Depuis que l’émirat s’est vu attribué son organisation en 2010, de nombreuses ONG appellent régulièrement à son boycott. 

Mathieu Viviani @MathieuViviani


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