Publié le 26 février 2021

SOCIAL

[Édito] La planète est malade de la solidarité

Tandis que les Ouïgours sont soumis au travail forcé, que des ouvriers indiens meurent pour construire des stades de football au Qatar et que d’innombrables autres minorités luttent pour survivre, le monde se bat pour arracher aux laboratoires les productions en trop faibles volumes de vaccins contre le Covid-19. Le fameux "monde d’après" semble faillir sur le plan de la solidarité.

Solidarite Patpitchaya
La bataille mondiale pour les vaccins est en train d'invisibiliser en partie certains combats pour des droits humains.
@Patpitchaya

Une nouvelle fois, des plaintes ont été déposées contre une grande multinationale du textile : l’américain Nike. Sa faute est d’avoir une partie de sa chaîne de sous-traitance qui passe par des camps de travail Ouïgours en Chine. Nike ne les exploite pas directement mais il fait appel à des sous-traitants chinois qui eux utilisent cette minorité, mise en travail forcé. Nike n’est pas seul. D’autres, faute de vigilance, se sont fait épingler et ont dû déjà rectifier le tir. La France a saisi l’ONU sur ce "système de répression institutionnalisé". Mais il y a peu de chance que le sort de ces milliers de personnes change à court terme.

À quelques milliers de kilomètres de là, au Qatar, on apprend que 6 500 ouvriers, essentiellement Indiens, sont morts en construisant les stades de football, les hôtels, les télévisions de la Coupe du Monde 2022. Si le nombre est effarant, il serait de mauvaise foi de nous dire surpris tant nous avons été interpellés sur les conditions de travail déplorables des 100 000 ouvriers immigrés dans le pays, souvent privés de passeports. Et pourtant, dans quelques mois, plusieurs milliards de téléspectateurs regarderont la plus grande épreuve sportive au monde en termes d’audience.

Et encore, Ouïgours et ouvriers du Qatar sont la partie immergée de l’Iceberg, celle dont on parle le plus et qui a le plus l’attention des phares médiatiques. Que dire des Chrétiens d’Orient chassés en Syrie, des lycéens et lycéennes enlevés par Boko Haram au Nigéria, du combat des peuples autochtones amazoniens qui se battent pour préserver leur terre, le combat des Hongkongais pour la démocratie... Avant 2020, leur situation à tous n’était pas brillante. Mais depuis la crise du Covid, ces combats pour la liberté ont été rendus encore plus invisibles.

La bataille des commandes de vaccins

Et si ces sujets semblent loin pour nous, Européens qui avons maille à partir avec la pandémie mondiale qui met à genoux nos économies, le cas des vaccins est également riche d’enseignement sur la difficulté d’être solidaire. Lors de la première vague pandémique, de nombreux dirigeants, dont Emmanuel Macron, ont appelé à ce que le vaccin soit un bien mondial avec un égal accès pour tous. Pourtant, sur les 200 millions de doses administrées aujourd’hui dans le monde, 45 % ont été injectés dans des pays du G7.

S’il est compréhensible que chaque État veuille protéger sa population en priorité, surtout avec une pénurie de production, les États les plus riches sur-commandent auprès de tous les laboratoires au risque de se retrouver dans quelques mois avec des doses en trop grand nombre. Boris Johnson, le Premier ministre britannique et Président du G7, réagit : "Il s'agit d'une pandémie mondiale et cela ne sert à rien qu'un pays soit en avance, nous devons avancer ensemble". Antonio Gutteres, le Secrétaire général de l’ONU va encore plus loin : "L'incapacité d'assurer un accès équitable aux vaccins représente une nouvelle faillite morale qui nous renvoie en arrière".

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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