Publié le 08 avril 2020

SOCIAL

Pénurie de masques : la revanche de l'industrie textile française

Alors que la France fait face à une pénurie massive de masques, les dernières entreprises textiles implantées dans l'Hexagone, de Petit Bateau à Saint James en passant par Plim, ont décidé de fabriquer des masques. Le gouvernement redécouvre l'importance primordiale de cette filière et espère atteindre l'indépendance dans ce domaine. Reste à savoir si cela sera suffisant car la demande explose, plusieurs villes obligent désormais leurs habitants à sortir masqués. 

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Petit Bateau, Saint James, 1083, Tissages de Charlieu, Le Parapluie de Cherbourg, Plim… répondant à l’effort national, les initiatives locales se sont multipliées dans toute la France.
Indispensac

C’est une filière en chute libre depuis des décennies. De 1996 à 2015, la France a perdu 51 % de sa production textile, 40 % de sa valeur ajoutée et 66 % de ses effectifs salariés, selon l’Insee. L’Hexagone a délaissé son industrie textile au profit d’importation massive majoritairement en provenance d’Asie. Or, aujourd’hui, face à la pénurie de masques, c’est pourtant à cette filière que l’État fait appel. D’autant que le gouvernement, qui était dans un premier temps farouchement opposé au port de masques pour toute la population, commence à faire marche arrière. Le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, a en effet conseillé au grand public de porter "des masques alternatifs".

Et la filière a répondu présente. Selon la Direction générale des entreprises, près de quatre millions de masques alternatifs à usage professionnel non sanitaire ont été produits en France du 30 mars au 5 avril. L'objectif est d'en produire 6,6 millions cette semaine. En quelques semaines, la France a redécouvert l’importance primordiale de sa filière textile. "En faisant encore progresser leurs capacités de production ces prochains jours, notre industrie textile et les femmes et les hommes qui la composent relèvent un défi sans précédent dans notre histoire récente et démontrent leur capacité à s'adapter rapidement afin de servir toute la Nation", a salué la secrétaire d'État Agnès Pannier-Runacher.

Atteindre l’indépendance de production de masques

Petit Bateau, Saint James, 1083, Tissages de Charlieu, Le Parapluie de Cherbourg, Plim et d'autres ont multiplié les initiatives dans toute la France. Ces masques, le plus souvent anti-gouttelettes et simples, sont plutôt destinés aux travailleurs de l’agroalimentaire, aux éboueurs, et parfois, aux établissements de santé. Le CHU de Grenoble par exemple a directement appelé le fabricant de jean 1083 pour lui demander de fabriquer des masques alternatifs en attendant les officiels. Le Comité stratégique de la filière mode et luxe (CSF) a été chargé de coordonner toutes ces initiatives.

"La seule chose qui compte, c’est d’avoir le nombre de masques suffisants. L’objectif, c’est l’indépendance dans de domaine", a souligné le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Reste à savoir si ce sera suffisant. Car, au-delà des masques pour les soignants et le personnel en première ligne (caissières, éboueurs, transporteurs…), plusieurs villes françaises, s’inspirant de pays comme la Chine, viennent de rendre obligatoire le port du masque dans leur cité. 

Ces villes qui obligent au port de masques

À Nice, le maire Christian Estrosi a annoncé que la ville distribuerait "un masque lavable et réutilisable pendant un mois à tous les Niçois" d’ici "8 à 10 jours". La ville a en effet passé commande et reçu 400 000 masques, mais c’est loin d’être le cas de toutes les villes. Le maire de Sceaux, qui a pris un arrêté pour le 8 avril en ce sens, se contentera d’un foulard ou d’une protection sur la bouche et le nez. Tous les habitants devront jouer le jeu sous peine de devoir s’acquitter d’une amende de 38 euros.

"Il s’agit d’un geste citoyen, j’aurais aimé avoir des masques mais je n’en ai pas ! Mettre un foulard ou autres choses pour se couvrir la bouche et le nez ça ne peut pas faire de mal. C’est un acte d’alerte pour sensibiliser tout le monde", explique Philippe Laurent, le maire de cette ville des Hauts-de-Seine en banlieue parisienne. L’Association des maires de France a commandé des masques pour les villes mais ces derniers seront en priorité distribués aux personnels de santé (médecins, infirmières libérales, Ehpad), et aux personnels de mairie et professions en première ligne.

Les maires s’adaptent et certains dénoncent le manquent de cohérence du gouvernement. Même chez les députés de la majorité, les critiques se font entendre. Dans 20 minutes, la députée LREM Annie Chapelier dénonce : "On aurait dû être plus clair : réserver les masques chirurgicaux aux soignants mais recommander les autres à toute la population depuis le début". 

Marina Fabre, @fabre_marina


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