Publié le 11 septembre 2020

SOCIAL

Le patron de Rio Tinto débarqué après la destruction d’un site aborigène vieux de 46 000 ans en Australie

Jean-Sébastien Jacques devra finalement quitter Rio Tinto. Le directeur général du géant minier, à qui le conseil d'administration avait coupé les bonus fin août après la destruction d'une grotte aborigène vieille de 46 000 ans en Australie pour étendre une mine de fer, a été débarqué avec deux autres hauts dirigeants. Une décision saluée par les associations de défense des aborigènes et les investisseurs qui trouvaient la première sanction trop légère.

Rio tinto destruction site aborigene
Le minerai de fer est la ressource la plus exportée par l'Australie
Puutu Kunti Kurrama et Pinikura Aboriginal Corporation

C’est une erreur telle qu’elle fait tomber le numéro 2 de Rio Tinto. Le directeur général du géant minier, le français Jean-Sébastien Jacques vient en effet de démissionner ce 11 septembre à la suite du dynamitage en mai dernier d’un site archéologique aborigène vieux de 46 000 ans. L'objectif était d’étendre la mine de fer du groupe et de mettre à jour un gisement d’une valeur de 135 millions de dollars. Problème : ce site abritait des grottes ancestrales construites par les premiers humains d’Australie, une valeur archéologique inestimable.

"Ce qui s’est passé à Juukan est une faute et nous sommes déterminés à faire en sorte que la destruction d’un site patrimonial d’une importance archéologique et culturelle aussi exceptionnelle ne se reproduise plus jamais lors d’une opération de Rio Tinto", a déclaré le Président du groupe minier, Simon Thompson, dans un communiqué. Ce dernier a ainsi annoncé le départ "d’un commun accord", de Jean Sébastien Jacques mais également du chef de la division "Minerai de fer", Chris Salisbury et de la cheffe de la communication, Simone Niven. Le directeur général quittera ses fonctions jusqu’à la nomination de son successeur, la date butoir étant fixée au 31 mars. 

De la suppression des bonus à la démission

"Ce n'est que la première étape d'un long chemin vers la restauration des bonnes pratiques et de la réputation de Rio Tinto dans ses relations avec les peuples autochtones", a déclaré James Fitzgerald, responsable du conseil juridique et de la stratégie au Centre australasien pour la responsabilité d'entreprise, dans un communiqué.

Fin août déjà, le conseil d’administration du géant minier avait pris des sanctions contre ses trois hauts dirigeants en leur supprimant près de quatre millions de dollars en bonus. La réaction de l’entreprise avait été pointée du doigt pour sa légèreté, notamment pour les investisseurs qui demandaient à Rio Tinto de prendre ses responsabilités. "Cela fait peser un risque sur la relation de Rio Tinto avec ses parties prenantes clés et sur sa licence sociale pour opérer", soulignait alors Louise Davidson, la directrice générale de l’ACSI, l’Association des fonds de pension australiens.

La récente démission de ses trois responsables devrait donc rassurer les investisseurs et les associations de défenses des aborigènes. Rappelons que l'entreprise connaissait la valeur historique du site puisqu'elle avait commandé un rapport sur le sujet en 2018. Mais les dirigeants ont déclaré ne pas l'avoir lu et appris l'intérêt historique et culturel qu'après leur destruction. 

Marina Fabre, @fabre_marina


© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

SOCIAL

Droits humains

Le respect des droits humains par les entreprises est devenu crucial pour les investisseurs ou les ONG. Elles dénoncent les violations commises contre des peuples autochtones ou les communautés locales ce qui peut compromettre de nombreux projets, en particulier dans le secteur extractif.

Deforestation changement sol Free Photos de Pixabay

2020, année la plus meurtrière pour les défenseurs de l’environnement

Le nombre de défenseurs de l'environnement assassinés dans le monde ne cesse d'augmenter. Le nouveau rapport de Global Witness recense au moins 227 meurtres, dont la moitié en Colombie. Un record alors que les trois quarts des victimes luttaient contre la déforestation dans des pays en...

Brésil : Jair Bolsonaro accusé de perpétrer un génocide contre les peuples autochtones en pleine pandémie

L'Articulation des peuples autochtones du Brésil (APIB) a demandé le 12 août à la Cour Pénale Internationale d'ouvrir une enquête sur le président brésilien pour "génocide" et "écocide". L'association accuse le dirigeant d'avoir profité de la pandémie pour renforcer une "politique anti-autochtone"....

Talibans Afghanistan AFP

[Édito] Afghanistan : la guerre perdue de l’alternative aux Talibans

La spectaculaire reconquête de l’Afghanistan par les Talibans après 20 ans de guerre, montre l’impuissance de la coalition internationale à implanter un modèle alternatif. Les Américains, qui y ont déversé des milliards de dollars, ont alimenté la corruption et la domination de chefs de guerre sans...

Ouighours chine ALI ATMACA ANADOLU AGENCY Anadolu Agency via AFP

En plein scandale des Ouïghours, le directeur général de Sandro, Maje et Claudie Pierlot démissionne

Le groupe SMCP, qui détient les marques Sandro, Maje et Claudie Pierlot, vient d'annoncer le départ de son directeur général Daniel Lalonde. Si le géant du textile affirme que sa démission n'a "rien à voir" avec le scandale des Ouïghours, le groupe fait néanmoins face à une crise. Début juillet, le...