Publié le 14 mai 2019

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Le boycott a fonctionné : le sultan de Brunei suspend la lapidation des homosexuels

Face à la pression de la communauté internationale et au boycott de ses hôtels, le sultan de Brunei a annoncé un moratoire de son nouveau code pénal inspiré de la Charia. Il prévoyait la lapidation des homosexuels et des personnes adultères. Plusieurs entreprises dont JP Morgan et la Deutsche Bank avaient répondu à l'appel au boycott de George Clooney. Même Shell, qui co-exploite une entreprise avec le sultanat, a été mis sous pression par une coalition d'investisseurs institutionnels. 

L'acteur George Clooney est l'initiateur du boycott contre les hôtels liés au Sultan de Brunei.
@RachelMurray-GettyImagesNorthAmerica-AFP

Le sultan de Brunei fait marche arrière. Dimanche 5 mai Hassanal Bolkiah, le sultan de Brunei, petit État pétrolier d’Asie, a annoncé un moratoire du nouveau code pénal permettant de lapider et de fouetter à mort les homosexuels et les personnes adultères.

Dans un communiqué le sultan se défend des "idées fausses" véhiculées depuis la mise en place de cette nouvelle législation le mois dernier, calquée sur la Charia, la loi islamique. "Il est évident que cela fait plus de deux décennies que nous appliquons un moratoire de facto sur l’exécution de la peine de mort dans les affaires de droit commun. Cela s’appliquera également aux affaires relevant du nouveau code pénal", écrit-il.

Un boycott suivi par les entreprises

Même si le moratoire n’est pas motivé, il fait suite à un boycott massif des hôtels de luxe liés au sultan de Brunei et initié par George Clooney le 28 mars dernier. "Soyons clairs, chaque fois que nous réservons, organisons des réunions ou dînons dans un l’un de ces neuf hôtels, nous versons l’argent directement dans les poches des hommes qui choisissent de marteler et de tuer à mort leurs propres citoyens parce qu’ils sont gays ou accusés d’adultère", dénonçait l’acteur dans une tribune.

Ce boycott, suivi par de nombreuses célébrités, a été soutenu par des entreprises. Les banques JP Morgan et la Deutsche Bank ont interdit à leur personnel de séjourner dans les neuf hôtels de luxe de la Dorchester Collection, appartenant à l’Agence de placement Brunei (BIA). "Les nouvelles lois introduites par le Brunei enfreignent les droits humains les plus élémentaires et nous avons le devoir, en tant qu’entreprise, de nous opposer aux violations des droits humains", a déclaré Stuart Lewis, membre du directoire de la banque dans un communiqué de presse.

"La marque Brunei en prend un coup"

L’association Eumedion représentant plusieurs investisseurs institutionnels néerlandais a également mis sous pression Shell. Le pétrolier co-exploite avec Brunei la société la plus importante du pays, Brunei Shell Petroleum. Selon le Financial Times (qui boycotte également les hôtels de Brunei) cette société engendrerait 90 % des revenus du pétrole et de gaz du sultanat. Eumedion comptait soulevait cette question lors de la prochaine assemblée générale de Shell, le 21 mai prochain."On s’attend à ce que la société respecte ses politiques en matière d’inclusion et d’égalité des LGBT, dans n’importe quel pays", a déclaré dans un communiqué envoyé à CNN Business la coalition d’investisseurs.

La reculade de Hassanal Bolkiah ne convainc cependant pas tout le monde. "En réalité, il s’agit simplement d’essayer d’atténuer la pression internationale exercée sur Brunei", a déclaré au New York Times Phil Robertson, directeur adjoint de Human Rights Watch pour l’Asie, "le sultan comprend de toute évidence qu’il existe une opposition plus large à cette loi au sein de la communauté internationale et que la marque Brunei en prend un coup dur". 

Marina Fabre, @fabre_marina


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