Publié le 27 septembre 2017

SOCIAL

[Ces startups qui changent le monde] Paulette à Bicyclette, la joaillerie qui roule pour l’or éthique

Elles sont jeunes et elles veulent changer le monde. Chaque jour, de nouvelles startups voient le jour en espérant améliorer notre façon de produire ou de consommer, en améliorant la traçabilité des matières premières utilisées, en misant sur l’éco-conception ou l’innovation sociale. Chaque semaine, Novethic a décidé d’aller à la rencontre de l’une d’entre elles. Aujourd’hui, nous vous présentons Paulette à Bicyclette, une jeune pousse qui fabrique des bijoux à partir d’or éthique.

Paulette a bicyclette Nadine Court
Paulette à bicyclette fabrique ses bijoux en France, dans son atelier parisien, à partir d'or éthique extrait dans des mines certifiées Fairmined
Nadine Court

Comme son nom ne l'indique pas, Paulette à bicyclette est une marque de bijoux éthiques fondée par une femme répondant au prénom de... Hélène ! Un nom décalé dans le milieu compassé de la joaillerie, mais qui correspond bien à l'esprit de la jeune marque.

"Quand j’ai monté l’entreprise en 2014, je voulais faire de la joaillerie mais sans avoir les mains sales. Travailler des matériaux dont je connaissais la provenance et qui étaient extraits dans le respect des droits de l’Homme et de l’environnement était une condition sine qua non à la création de mon entreprise. Contribuer à un monde plus juste, plus équitable… C’est toujours ce qui me fait lever le matin", raconte Hélène Grassin. Qui reconnaît pourtant qu’il "fallait être un peu fêlée" pour monter un tel projet tant le monde de la joaillerie était jusqu'alors éloigné de ces préoccupations.

La boutique Paulette à bicyclette à Paris intègre aussi l'atelier de fabrication des bijoux. Sur les présentoirs, les certificats Fairmined valorisent la démarche éthique auprès des clients.

C’est la découverte du label Fairmined, garantissant un or équitable et traçable, qui a fait figure de premier marche pied. Il permet d'assurer des conditions de travail, de rémunération et de vie décentes pour les travailleurs des mines artisanales et leur famille (voir encadré). Pour l’instant, ces mines sont essentiellement situées en Amérique du Sud (Pérou et Colombie) et en Mongolie. "Je souhaiterais aussi pouvoir m’approvisionner en Afrique mais les mines ne sont pas encore au niveau exigé par Fairmined. Un standard intermédiaire est en cours d’élaboration pour permettre à ces mines d’être mieux accompagnées pour atteindre le niveau demandé", précise-t-elle. Un tel label était indispensable pour assurer son approvisionnement et garantir les engagements qu’elle souhaitait afficher. Du moins pour l’or à la base de ses créations, sachant que les pierres précieuses par exemple ne bénéficient pas d’un tel standard.

Mais il a ensuite fallu batailler sur d’autres fronts. D’abord pour trouver un fondeur qui accepte de consacrer une ligne de production à l’or équitable puis pour employer des joailliers qui acceptent de travailler avec des contraintes de process supplémentaires pour assurer la traçabilité totale de l’or utilisé… "Tout a été question de rencontres", souligne Hélène Grassin. Des rencontres avec un fondeur des Vosges prêt à tenter l’aventure, avec des collaborateurs convaincus du bien-fondé du projet, avec d’autres marques également, comme Jem ou Tejen, pour mutualiser les efforts.

Un bijou en or éthique, un salaire et des conditions de travail décentes pour les mineurs

"Malgré toutes les difficultés, je ne regrette rien", assure-t-elle. Un peu moins de trois ans après avoir lancé son entreprise, la créatrice, prix de l’entrepreneure responsable 2015, a gagné son pari : ses bijoux, principalement des alliances et des bagues de fiançailles, sont fabriqués à partir de matériaux éthiques et traçables. Et ils se vendent très bien. La marque parisienne qui fait désormais travailler une quinzaine de personnes, va ouvrir une nouvelle boutique à Lyon. 

Surtout, les bijoux fabriqués depuis sa création permettent de contribuer à améliorer les conditions de travail et les salaires des mineurs et de leur famille. Un kilogramme d’or Fairmined, c’est en effet 50 emplois chaque année. Et depuis sa création, plusieurs kilos d'or environ ont été utilisés par Paulette à bicyclette...

Tous les bijoux sont traçables de la mine au doigt grâce à des numéros de série, comme celui incrusté sur cet arbre à fonte de bague.

Les bijoux en or de Paulette à Bicyclette sont composés à 92% d'or équitable. Les 8 % restant sont issus d’or recyclé. "L’or recyclé, c’est bon pour l’environnement mais c’est avec l’or éthique et traçable que l’on peut changer le monde", assure Hélène Grassin. L’activité minière artisanale aurifère est en effet une activité à haut risque, que ce soit au niveau environnemental avec l’emploi de produits toxiques comme le mercure, au niveau social, en faisant travailler les mineurs – parfois des enfants - dans des conditions indécentes ou au niveau éthique en finançant des conflits armés.

Changer d’échelle

Cette réalité, ses clients ne la connaissent pas forcément au moment d’entrer dans la boutique. Mais une fois passée la porte de Paulette à Bicyclette, les présentoirs de bijoux mettent en valeur les certificats Fairmined et la démarche éthique fait partie intégrante de l’argumentaire commercial. "Beaucoup viennent d’abord pour le style de nos bijoux, la grande liberté qui leur est laissé dans la création de la bague, voire le sur-mesure. Mais nous leur expliquons toujours les valeurs de la marque, pourquoi et comment nous nous fournissons en or éthique. Nous pouvons même estimer le nombre de jours de salaire que le bijou a généré pour un mineur d’or (une bague de 7,5 g =30 jours de salaire). Une fois qu’ils ont conscience de cela, c’est un vrai plus pour eux et c’est difficile de revenir à des bijoux plus classiques", souligne Hélène Grassin. D’autant que, même avec un surcoût de 30% environ pour l’or équitable, les bijoux de Paulette à Bicyclette sont vendus au prix du marché, les dépenses en marketing étant réduites au minimum.    

"Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est de changer d’échelle dans le monde de la joaillerie, estime Hélène Grassin. Il n’y a plus d’excuses pour ne pas s’y mettre, le plus gros du travail a été fait !"

Béatrice Héraud @beatriceheraud 

 

 

Le label Fairmined

 

Le label Fairmined est un label de certification dédié à l’or. Soutenu par un système de certification par un tiers et d’audit, il permet de garantir les conditions de l’extraction de l’or dans des mines indépendantes, artisanales et responsables. L’or issu des mines artisanales est un très fort levier social. S’il ne représente que 10% de la production mondiale, il emploie 90% de la main d’oeuvre minière, les mines industrielles étant très mécanisées. C’est pourtant dans les mines artisanales que le danger est souvent le plus important. L’objectif est donc d’améliorer les conditions de travail des mineurs (amélioration de la sécurité et du confort des mines), leur protection sociale ainsi que la vie de leur famille et de la communauté (scolarité des enfants, égalité femmes/hommes, accès à l’eau potable, etc…). Un travail est également mené sur les questions environnementales, que ce soit par la réduction voire l’élimination de produits chimiques toxiques comme le mercure ou le cyanure ou par une gestion responsable de l’eau par exemple. Aujourd’hui une dizaine de mines dans le monde sont certifiées Fairmined. Quelques grands noms de la joaillerie travaillent avec ce label pour une petite partie de leur production. C’est ainsi que l’on a pu voir la Palme d’or du festival de Cannes, du joailler Chopard, certifiée Fairmined !

 

 

 

 


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