Publié le 18 mars 2019

SOCIAL

Alimentation : l'engouement du végétal ouvre l'appétit des industriels et investisseurs

C'est l'heure pour les acteurs de l'agroalimentaire de prendre le virage du végétal. Poussé par un fonds activiste, Nestlé vient de se séparer de la branche charcuterie Herta pour s'orienter vers le végétal, McDonald's va proposer un burger végétarien et Danone veut concurrencer Bjorg sur les produits "laitiers" alternatifs. 

Les protéines végétales créent un véritable engouement chez les investisseurs.
Gaus-nataliya / Istock

Fini les saucisses Knacki. Nestlé va se séparer de sa filiale Herta, marque phare en France, présente dans huit réfrigérateurs sur dix. Exit la charcuterie et les produits à base de viande, Nestlé garde en revanche les pâtes à tarte et les produits végétariens de la marque afin de "positionner le portefeuille dans des catégories attrayantes à forte croissance", explique-t-il.

Le groupe préfère picorer chez le fabricant d'aliments d'origine végétale, Sweet Earth. "Le régime végétal est de plus en plus populaire, les consommateurs recherchent différentes façons d'équilibrer leur apport en protéines et de réduire l'empreinte environnementale de leur alimentation", avance le numéro un mondial de l'alimentation qui s'enorgueillisse désormais d'une stratégie "beaucoup plus claire".

La forte pression des consommateurs et investisseurs 

Il faut dire que le géant était poussé de toutes parts. Le fonds activiste américain Third Point entré en juin 2017 dans le capital du groupe suisse avait mis Nestlé sous pression. D'autant que Daniel Loeb, le milliardaire américain à la tête du fonds n'avait pas mâché ses mots en qualifiant de "stratégie brouillonne" la politique de Nestlé qui maintenait des activités trop peu rentables. À savoir, notamment, la charcuterie. Car les consommateurs n'en sont plus vraiment friands.

Le jambon, produit phare du rayon, recule de 2 % chaque année. Une baisse expliquée en partie par les études et les reportages montrant les effets de la charcuterie sur la santé. En 2015, le Centre international de recherche sur le cancer a estimé que la consommation de 50 grammes de viandes transformées par jour, soit deux tranches fines de jambon, augmentait de 18 % le risque de cancer colorectal. Ajoutez-y un intérêt de plus en plus fort pour le bien-être animal et la conscience que l'élevage est l'élément le plus polluant de l'agriculture, vous aurez une désaffectation pour la charcuterie. De manière générale, la consommation de viande a baissé de 10 % en 12 ans en France.

Des levées de fonds extraordinaires pour les startups du végétal

Des données qui poussent les acteurs de l'agroalimentaire à revoir leur stratégie, à différentes échelles. Le géant des fast-food, McDonald's, va ainsi généraliser, dès demain, son burger végétarien dans son Happy Meal. Le McMuffin, dans lequel la viande est remplacée par un œuf, était jusqu'ici proposé en petit-déjeuner. Danone lui part à l'assaut des produits "laitiers" alternatifs à base de soja, d'amande, de coco...

En 2017 il a racheté l'américain White Wave pour 11,3 milliards d'euros et crée la marque Alpro. Le but est de contrer Bjorg, aujourd'hui leader de ce marché dans l'Hexagone. Il faut dire que la croissance des produits végétariens et végans attire. L'institut d'études Xerfi enregistre une hausse de 24 % du chiffre d'affaires sur la vente de ces produits chez les distributeurs français en 2018.

Marqueur incontestable de cet engouement, les extraordinaires levées de fonds des startups spécialisées dans le végétal. L'américaine Motif Ingredients, qui fabrique des protéines végétales alternatives aux produits d'origines animales, a levé 90 millions de dollars ! Un montant inégalé dans le secteur de la foodtech. "Pour chaque société [de protéines végétales, NDR] qui cherche un financement, il y a deux ou trois investisseurs. Je n'ai jamais rien vu de tel dans la Silicon Valley", raconte à l'AFP Olivia Fox Cabane, fondatrice de la startup Kind Earth et cheffe de file de l'Alliance internationale pour les protéines alternatives. 

Même Jeff Bezos, homme le plus riche du monde et fondateur d'Amazon pense l'avenir en végétal. Il a participé, via la société Bezos Expeditions, à la levée de fonds de 30 millions d'euros de la startup chilienne NotCo qui utilise l'intelligence artificielle pour créer des alternatives aux protéines animales.

Si les industriels et les consommateurs ont de l'appétit pour ses produits végétaux, le lobby de la viande, lui, essaye de ralentir le mouvement. Il finance actuellement des publicités sur le flexitarisme, censé définir une baisse de la consommation de viande. L'Association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes (Interbev) défend cependant un flexistarisme du "mangez mieux" et non pas du "mangez moins", comprenez : mangez de la viande de meilleure qualité et avec des légumes ! 

Marina Fabre, @fabre_marina


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