Publié le 30 mars 2018

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En signant avec Amazon, Monoprix a fait entrer le loup dans la bergerie

C'est fait, Amazon a un pied dans l'alimentaire en France. Le géant du numérique qui lorgnait sur ce marché depuis plusieurs années vient de signer un partenariat avec Monoprix pour qui il assurera la livraison express de ses produits. Un pari risqué pour Monoprix qui pourrait se faire happer par le géant et en devenir le sous-traitant. 

Amazon va permettre aux Parisiens et habitants de la petite Couronne d'être livrés en 2h chez eux.
Monoprix

Pour la première fois en France, une enseigne du secteur alimentaire va collaborer avec Amazon. Monoprix a en effet annoncé le 26 mars avoir signé un partenariat avec le géant du numérique visant à "proposer les produits alimentaires de Monoprix aux clients du service Amazon Prime Now".

Amazon a approché System U et E.Leclerc 

Concrètement, entre 5 000 et 10 000 références de produits de différentes marques vont être proposées par Monoprix sur le site d’Amazon. Les commandes seront préparées par Monoprix et la livraison express, entre une heure et 3 heures maximum, sera effectuée par Amazon, expert dans le domaine. Seuls les habitants de Paris et de la petite Couronne pourront bénéficier de ce nouveau service. 

Un pacte qui permet à Monoprix de prendre une longueur d’avance sur ses adversaires en matière de livraison. Leclerc avait lancé l’offensive en annonçant mi-mars la création de E.Leclerc chez moi, un service de livraison à domicile sous 24 heures. Monoprix offre donc une meilleure performance.

Quant à Amazon, il lorgnait depuis plus d’un an sur la grande distribution française. Début mars, System U disait avoir engagé des discussions avec Amazon sur le sujet sans que cela ne se concrétise. E.Leclerc, lui aussi approché, avait décliné l’offre. En cause, dit-il, la commission de 8 % prise par le géant américain.

Devenir sous-traitant d'Amazon

Pour l’instant, le partenariat, vu son petit périmètre, ne va pas révolutionner la grande distribution, mais "le risque à terme pour Monoprix, c’est d’être un peu le sous-traitant d’Amazon, et donc de perdre une partie de son pouvoir et de sa marge", estime Olivier Dauvers, spécialiste de la grande distribution interrogée par France Info.

C’est ce qui est arrivé, de manière catastrophique à Toys'R'Us dans les années 2000. Le marchand de jouets a pactisé avec Amazon au lieu de développer son propre site Internet. Il a ainsi signé un contrat sur 10 ans devenant ainsi son fournisseur officiel de jouets. Sauf qu’Amazon ne s’est pas empêché de vendre des jouets provenant des autres distributeurs. Le contrat avec Amazon terminé, Toys'R'Us avait loupé le virage du numérique. En septembre, l'enseigne a été placée sous la protection de la loi américaine sur les faillites et doit licencier ses 33 000 salariés. 

Amazon peut-il casser les prix de Monoprix ?

Monoprix aura-t-il le même destin que Toys'R'Us ? Il a certes fait entrer le loup dans la bergerie, mais semble avoir installé quelques garde-fous. Il affirme rester maître de la politique de prix et des promotions. Pourtant, Frédéric Duval, responsable France pour Amazon, a affirmé à l’AFP que chaque produit serait proposé selon "la politique tarifaire de chacune des deux sociétés" et d’ajouter : "il n’y a aucune obligation d’aligner les prix". 

Si le distributeur français ne veut pas se faire happer par le géant américain, il devra donc montrer les crocs. Car Amazon a l’habitude de casser les prix. En juin 2017, il a ainsi racheté pour 13 milliards de dollars Whole Foods, une enseigne bio en perte de vitesse, la plus grosse opération qu’il ait réalisée jusqu’ici. Deux mois plus tard, les bananes affichaient une baisse de 30 %, le saumon de 33 %. Pour fidéliser sa clientèle, Amazon a choisi l’option des prix bas.

"Il s’agissait d’une acquisition, nous ne sommes pas dans ce cas avec Monoprix", tempère Frank Rosenthal, consultant et spécialiste du secteur interrogé par Novethic. "Le distributeur a tout intérêt qu’il n’y ait pas concurrence entre les produits qu’il vend sur Amazon et ceux de sa boutique". Mais l’intérêt de Monoprix n’est pas forcément celui d’Amazon. 

Marina Fabre @fabre_marina


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