Publié le 15 décembre 2021

SOCIAL

Comment ClearFashion, le Yuka de la mode, veut rhabiller la filière

L'application ClearFashion se perfectionne et lance pour la première fois une étiquette environnementale et sociale apposée directement sur les vêtements. Un pas de plus vers la transparence alors que les enseignes sont mises sous pression par les consommateurs et la réglementation. Cet article vous est proposé dans le cadre de l'opération "La France des solutions", porteur d'un journalisme qui donne envie d'agir, et dont Novethic est partenaire.

Clearfasion etiquette environnementale sociale
La startup ClearFashion lance
ClearFashion

C’est une petite pousse qui prend de la hauteur. L’application ClearFashion, qui ambitionne de devenir le Yuka de la mode, vient de lever 2,8 millions d’euros auprès d’Asterion Impact et Bpifrance. L’enjeu est de taille pour la petite entreprise qui s’est lancée en 2019 et qui est aujourd’hui à un tournant. Après avoir lancé son application, qui passe au crible des centaines de marques selon 150 critères, la startup vient de lancer la "première étiquette indépendante" qui informe sur l’impact environnemental et social des vêtements.

Concrètement, le Clear Fashion Score, directement apposé sur les vêtements, permet de connaître la note du T-shirt, du jean, ou de la veste que le consommateur veut acheter. Pour l’instant, une dizaine de marques se sont engagées dans cette démarche, comme Sessun, Hopaal ou Splice. Des petites enseignes déjà fortement mobilisées sur ces sujets. "Ce sont dans leur ADN d’être écoresponsables et elles veulent le montrer avec un tiers indépendant", explique Rym Trabelsi, cofondatrice de l’application. "Notre plus grand challenge est d’aller chercher des moyennes et grosses marques, de les aider à faire un premier pas pour laisser le choix au consommateur, d’acheter tel ou tel produit, en connaissance de cause", ajoute-t-elle. 

Pression réglementaire

Si la prise de conscience de l’impact environnemental et social de la mode est plus compliquée que dans l’alimentation, certains scandales font bouger les lignes. Alors que 180 ONG ont montré, dans un rapport, qu’un vêtement en coton sur cinq vendus dans le monde provenait d’un camp de travail ouïghour en Chine, les enseignes mises en cause ont progressivement fait le ménage dans leur chaîne d’approvisionnement. "On sent qu’il y a une évolution, même si elle est lente. La maturité du marché progresse. Les marques ont observé l’effet Yuka et comprennent qu’il y a une urgence économique pour elles", affirme Rym Trabelsi.

Outre la pression de la société civile, les enseignes sont dos au mur face à la réglementation. Cet été, le paquet national antiterroriste a ainsi ouvert une enquête pour "recel de crime contre l’humanité" contre quatre géants du textile, dont Zara et Uniqlo. Le parquet cherche à savoir si ces marques ont profité du travail forcé des Ouïghours dans la production de leurs vêtements. Côté environnemental, là aussi les lignes bougent. Sans pour l’instant sanctionner, le gouvernement veut rendre obligatoire un affichage sur le sujet.

Affichage environnemental en 2023

Si le projet a pris du retard, plusieurs groupes testent des méthodes de notation différentes pour qu’en 2023, un affichage environnemental commun soit appliqué. Cette réglementation française, tirée de la loi AGEC (anti-gaspillage et économie circulaire) et de la loi climat et résilience, va permettre d’adopter une référence commune, indiquant le lieu de fabrication ou encore l’origine des matières. Parallèlement, l’Europe est aussi en train de plancher sur la question, poussant les marques à accélérer dans leur transformation. 

Quelques marques pionnières se sont déjà lancées dans des expérimentations comme Decathlon et Okaïdi. L’enjeu est de taille pour les acteurs du secteur qui vont face à la défiance des consommateurs. Plus de la moitié des Français ne font pas confiance aux grandes marques concernant leurs engagements éthiques ou écologiques. Il va falloir plus que de simples collections "conscious" ou "green" noyées dans la gamme traditionnelle, pour convaincre les consommateurs qui se détournent de plus en plus des magasins au profit de l’occasion notamment. 

Marina Fabre Soundron @fabre_marina 


© 2022 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

SOCIAL

Consommation

Produits verts, bio, issus du commerce équitable ou made in France….les marques multiplient les produits vendus comme écologiques, durables et responsables et les consommateurs prennent conscience de l’impact de leur choix sur l’environnement. Ces nouvelles pratiques de consommation doivent reposer sur des labels crédibles.

Dressing responsable applis unsplash

Mode responsable : quatre applis pour un dressing plus vertueux

Rentrée des classes, baisse des températures et changement de saison : septembre rime bien souvent avec nouvelle garde-robe. Mais alors que le secteur de la mode représente l’une des industries les plus polluantes, avec 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre émis chaque année, passer à des...

Reparation CC0

Lave-linge, smartphones, trottinettes... Fnac Darty publie le classement des marques les plus durables

Le "premier réparateur de France", comme le groupe Fnac Darty se décrit lui-même, publie la 5ème édition de son "Baromètre du SAV". Cet outil classe la centaine de produits analysés par le distributeur en fonction d’un score de durabilité. Le groupe constate une amélioration globale de la fiabilité...

C qui le patron 01

"C’est qui le patron" : la marque des consommateurs pour l'alimentaire étend son modèle à d’autres secteurs

Hygiène, habillement, santé, banque... la marque C'est qui le patron n'aidera plus seulement les agriculteurs. Celle qui a cassé le concept du "prix le plus bas" en rémunérant correctement les producteurs, s'autorise désormais à monter au capital d'entreprises voire à les racheter. Ces dernières...

Couverture homo confort

"Homo confort" : une critique acerbe de l’hyper-technologie qui a envahi notre quotidien

La quête effrénée du confort n’est pas sans conséquence. Dans son essai "Homo Confort"* publié au printemps dernier, l'anthropologue italien Stefano Boni explique que le coût d’une vie sans effort est environnemental et économique mais aussi sensuel et moral. Rupture avec la nature, appauvrissement...