Publié le 17 mai 2021

SOCIAL

La crise du Covid-19 pousse les banquiers d’affaires à bout

Horaires à rallonge, santé mentale en danger… jusqu’à la crise cardiaque. Les témoignages d’employés de grandes banques d’affaires se sont multipliés ces dernières semaines pour expliquer à quel point la charge de travail devenait insupportable. La crise sanitaire a joué un grand rôle dans la disparition des frontières entre vie privée et vie professionnelle. Plusieurs banques ont annoncé de nouvelles mesures pour tenter de soulager leurs équipes. Mais changer la culture d’entreprise de ces banques d’affaires risque de prendre du temps.

Burn out fatigue CCO
Les employés des grandes banques américaines et britanniques se plaignent de leurs conditions de travail.
@CCO

Les banques d’affaires sont bien connues pour leurs horaires de travail à rallonge. La crise du Covid-19 qui a entraîné la généralisation du télétravail dans ces établissements financiers, semble leur avoir mis un coup de pression de plus avec des horaires encore plus étirés et une frontière entre vie privée et vie professionnelle de plus en plus floue. Fin avril, le post LinkedIn d’un manager de HSBC a illustré le phénomène de manière presque tragique.

Alors qu’il s’installait devant son ordinateur, un dimanche après-midi, pour préparer sa semaine de travail, Jonathan Frostick a fait un infarctus. Plutôt que de voir toute sa vie défiler devant ses yeux, la première pensée qui lui est venue est "je devais voir mon manager demain, ce n’est pas très pratique", puis "Comment j’assure le financement pour X". L’histoire, heureusement, se termine bien. Le banquier a été hospitalisé et a pris du repos pour se remettre. Il a aussi pris de bonnes résolutions, comme ne plus passer toute sa journée sur Zoom, revoir son approche du travail ou encore "je veux que chaque jour compte pour quelque chose au travail, ou alors je change de rôle".

L’affaire n’est pas isolée. Quelques semaines auparavant, des analystes juniors de Goldman Sachs se plaignaient des conditions de travail dans la banque américaine : semaines de 105 heures, santé mentale affectée, témoignages d’abus sur le lieu de travail, etc. Un sondage auprès de 13 analystes juniors, compilé dans une présentation ayant circulé sur les réseaux sociaux, indiquait que la plupart de ces jeunes recrues prévoyaient de ne plus travailler chez Goldman Sachs dans les six mois si leurs conditions de travail ne changeaient pas.

Revoir les conditions de travail

Les banques d’affaires ne restent pas sourdes à ces appels. Goldman Sachs a réagi au mini-sondage effectué par ses analystes, en promettant notamment de nouvelles embauches pour réduire la charge de travail, ou encore en s’engageant à respecter le samedi non travaillé.

À peine arrivée en fonction, Jane Fraser, directrice générale de Citigroup depuis mars 2021, a pris la plume pour s’exprimer sur les conditions de travail au sein de la banque. "Je sais d’après vos retours et ma propre expérience que le floutage des lignes entre la maison et le travail, et les journées de travail implacables pendant la pandémie, ont nui à notre bien-être. Ce n’est tout simplement pas durable", écrit-elle sur le blog de Citi. L’une de ses premières mesures en tant que dirigeante du groupe a ainsi consisté à instaurer des vendredis sans réunion zoom, à inciter à ne plus s’appeler en dehors des horaires de travail normaux, ou encore à prendre ses vacances.

La culture d’entreprise peut cependant mener la vie dure aux bonnes résolutions annoncées par les dirigeants des banques. Des universitaires ont souhaité mesurer l’impact des week-ends protégés, déjà prévus par les grandes banques américaines dans les années 2013-2014, sur les plages horaires des jeunes banquiers. Ils ont pour cela étudié un indicateur original : celui des courses de taxi partant de dix banques d’investissement dans la ville de New York. Les chercheurs ont étudié les données des courses de taxi publiées par la Commission des taxis et limousines de la ville de New York entre 2009 et 2016 et en ont déduit que le fait de ne plus aller travailler le samedi se traduisait par des journées plus longues en semaine. La tendance est même plus marquée pendant les mois d’été, quand les stagiaires arrivent à la banque…

Arnaud Dumas, @ADumas5


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