Publié le 01 octobre 2018

SOCIAL

Explosion des tiers lieux : une réponse à la transition écologique et à la reconquête des territoires

La France fait face à une explosion des tiers lieux. On en compte près de 1 500 déjà actifs et encore 300 en projet, selon un rapport remis le 19 septembre au gouvernement. Ces nouveaux espaces de travail répondent aussi bien aux enjeux de transition écologique qu’à des impératifs économiques. Pour accompagner leur essor, le gouvernement promet de mettre 110 millions d’euros sur la table d'ici 2021.

Ci-dessus, un exemple de tiers-lieu, La Bricothèque, dans le Vaucluse, qui met à disposition des utilisateurs différentes machines et outils.
@La Bricothèque

Espaces de coworking, hackerspace, fablab, makerspace, livinglab… Les tiers lieux connaissent un formidable essor dans l’Hexagone. Selon un rapport (1) remis à Julien Denormandie, secrétaire d’État pour la cohésion des territoires, le 19 septembre dernier, il y en a près de 1 800 en France, presqu'autant dans les métropoles (54 %) que dans les zones plus rurales (46 %).

Après une enquête de six mois, 12 régions visitées et 200 entretiens menés, Patrick Levy Waitz, président de la Fondation Travailler autrement, rapporteur de la mission, ne cache pas sa surprise. "C’est un phénomène émergeant mais loin d’être marginal qui touche l’ensemble des territoires, et qui s’avère bien plus puissant qu’on ne l’imaginait. Les tiers lieux vont ainsi structurer le paysage de nos territoires demain. Ils sont des facteurs d’activité et de résultats économiques."

Productivité en hausse de 13 %

Selon le rapport, une seule journée télétravaillée pour 28,8 millions d’actifs permettrait d’éviter 1h10 de transport par jour, dont 30 minutes seraient réinvesties dans le travail. Cela éviterait aussi l’émission de 5 milliards de mètres cubes de CO2 et économiserait 4 milliards de litres de carburant. L’entreprise serait gagnante elle aussi puisque le taux de productivité augmenterait de 13 % et l’absentéisme baisserait avec 5,5 jours d’arrêt maladie en moins par télétravailleur et par an.

Les retombées économiques pour les territoires sont également intéressantes puisque les experts estiment que l'ouverture d'un tiers lieu entraînerait une hausse de 57 000 euros par an des achats réalisés localement et 37 000 euros de revenus fiscaux supplémentaires par commune. Le télétravailleur verrait aussi son pouvoir d'achat augmenter de 124 euros par mois dus à des économies de transport ou de garde d'enfants.

"Nous ne sommes pas face à des doux rêveurs mais à des citoyens entrepreneurs qui bâtissent ou rebâtissent des activités sur le territoire, qui se regroupent et qui devancent bien souvent la puissance publique pour ce qui est par exemple de l’accès au numérique ou de la transition écologique", ajoute Patrick Lévy Waitz. 

110 millions d'euros

À Pernes-les-Fontaines, petite commune de 10 000 habitants dans le Vaucluse, "La Bricothèque" a ouvert il y a quelques mois et regroupe un ingénieur en robotique, une chef d'entreprise de jeux vidéo, un spécialiste de la marqueterie ou encore un sculpteur sur fer. Ils travaillent ensemble dans ce fablab sur leurs prototypes en mutualisant des machines trop chères à acquérir tout seul. À Roubaix (Nord), le Plateau fertile réunit quant à lui des spécialistes de la mode. Les exemples comme ceux-là foisonnent.

"Mais s’ils se développent, ces espaces sont encore fragiles et peinent à trouver un modèle économique en dehors des métropoles", se désole Patrick Levy Waitz. Aujourd’hui, seuls 40 % des tiers lieux sont rentables et il faut à ces structures trois ans et demi en milieu rural pour se stabiliser économiquement contre un an dans les métropoles.

Pour pallier ces difficultés, le gouvernement annonce un plan de 110 millions d’euros d’ici à 2021 afin de créer ou consolider 300 "Fabriques des territoires", en priorité dans les zones rurales et les quartiers populaires. "Nous sommes passés d’une société du mieux-vivre au faire ensemble. Cette société est possible, créatrice de valeurs et répond à une forte demande des jeunes générations. Ce n’est qu’un début, en avant !", lance Julien Denormandie plus qu’enthousiaste.

Concepcion Alvarez, @conce1

(1) Voir le rapport.


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