Publié le 25 avril 2019

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Actionnaires : un vent de révolte souffle sur l'Assemblée générale Bayer après le rachat de Monsanto

Bayer dans la tourmente. Après avoir perdu un tiers de sa valeur en Bourse depuis le rachat de Monsanto, il doit faire face à la colère de ses actionnaires. Plusieurs d'entre eux, dont BlackRock et Deka, accusent la direction de n'avoir pas mesuré les risques juridiques de cette fusion. Werner Baumann, PDG du groupe et initiateur de ce mariage coûteux, est sur la sellette. 

Bayer doit faire face à la colère de ses actionnaires historiques suite au rachat de Monsanto qui a écorné sa réputation et fait plonger sa valeur boursière.
©Bayer

Bayer sous pression. Vendredi 26 avril a lieu son assemblée générale à Bonn en Allemagne et l’ambiance s’annonce tendue, le groupe ayant dégringolé en Bourse depuis le rachat de Monsanto en juin 2018. Il a perdu un tiers de sa valeur soit près de 30 milliards d’euros. Rappelons le montant historique du rachat du groupe américain : 63 milliards d'euros. Cette chute est très critiquée par les actionnaires qui accusent Bayer de n’avoir pas assez anticipé les risques juridiques auxquels il allait faire face avec cette fusion.

Les craintes se sont intensifiées en août lorsque Monsanto a été condamné à une amende historique de 289 millions de dollars pour ne pas avoir informé de la dangerosité de son herbicide Roundup à l’origine du cancer du jardinier américain Dewayne Johnson. Même si l’amende est moins salée que prévue (elle est redescendue à 81 millions de dollars en appel) la firme américaine est sous le coup de plus de 11 000 procédures similaires rien qu’aux États-Unis.

Un vote symbolique qui met la pression

"C’est assez dramatique quand une prise de contrôle provoque une telle destruction de valeur et des dommages à la réputation si rapidement. On ne peut plus parler d’une acquisition réussie", a déclaré à Reuters Ingo Speich responsable du développement durable et de la gouvernance d’entreprise chez Deka Investment, un des dix principaux actionnaires de Bayer.

Toujours selon Reuters le plus puissant gestionnaire d’actifs au monde, Blackrock, qui détient 7,2 % des droits de vote, prévoit de s’abstenir ou de s’opposer à un des principaux votes sur la performance du management de Bayer. "Le vote de confiance, en grande partie symbolique, enverra un message au conseil d’administration déclarant que Blackrock n’était pas satisfait de la façon dont la direction de Bayer a géré le contrat avec Monsanto", a déclaré à l’agence une des sources du dossier.

Pétition pour la démission du PDG

On sait également que les deux sociétés de conseil aux actionnaires Institutional Shareholder Services (ISS) et Glass Lewis ont conseillé aux investisseurs de ne pas approuver l’action de la direction. Une mobilisation de l’association SumOfUs est même prévue devant le World Conference Center Bonn, le bâtiment dans lequel se déroulera l’AG. L’organisation prendra la parole lors de l’évènement et présentera une pétition demandant la démission de Werner Baumann, le PDG de Bayer-Monsanto.

"M. Baumann, qui a supervisé la méga-fusion désastreuse entre Bayer et Monsanto, a promis de continuer la lutte juridique contre les personnes poursuivant l’entreprise - ces personnes se plaignant d’être victimes des pesticides de la multinationale", avance l’association. "Nous savons que certains actionnaires de Bayer veulent que M. Baumann démissionne, on parle même d’une révolte des actionnaires cette année (…)", ajoute-t-elle.

Marina Fabre, @fabre_marina


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