Publié le 07 mars 2018

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Scandale de la viande de cheval : l’affaire qui a révélé l’opacité de la chaîne agroalimentaire bientôt jugée ?

En 2013, le scandale de la viande de cheval vendue comme de la viande de bœuf mettait en émoi le monde de l’agroalimentaire. Cinq ans plus tard, la justice française souhaite juger quatre acteurs de l’affaire, soupçonnés d’avoir participé à l’escroquerie, dont deux ex-dirigeants de Spanghero, l’entreprise au cœur de la tromperie de masse.

Le scandale de la viande de cheval, qui a éclaboussé l'industrie agroalimentaire en 2013, a concerné plus de 4,5 millions de plats cuisinés dans des dizaines de pays européens
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En 2013 le scandale de la viande de cheval éclatait. Cinq ans plus tard, l’affaire pourrait enfin être portée devant le tribunal. Le juge d’instruction de Paris a en effet ordonné que soient jugés quatre protagonistes de l’affaire. Ils sont accusés de "tromperies" et d'"escroquerie en bande organisée". C’était déjà la requête du parquet de Paris en 2016. Mais pour que le procès se tienne, il faudra encore que la Cour d’appel de Paris, saisie en février par l’un des prévenus, se prononce sur cette décision du juge d’instruction.

Une entreprise française au cœur du scandale

L’entreprise Spanghero, qui n’a pas survécu au scandale, est au cœur de ce trafic. L’ordonnance de renvoi consultée par l'AFP est accablante pour la société et ses dirigeants : Jacques Poujol et Patrice Monguillon. En lien avec leurs intermédiaires néerlandais, Johannes Fasen et Hendricus Windmeijer, ces derniers sont soupçonnés d'avoir trompé l'entreprise de fabrication de plats préparés Tavola, filiale du groupe Comigel, en lui vendant en 2012 et début 2013 de la viande présentée comme du boeuf, alors qu'il s'agissait de cheval.

Parmi les techniques employées par le fournisseur de viande : la suppression d'indications sur la marchandise envoyée à Tavola, pour faire croire que la viande était découpée et travaillée dans son usine alors qu'elle venait de Roumanie, de Belgique ou du Canada. Ou encore le retrait de toute référence à de la viande de cheval et le remplacement par des étiquettes intitulées "avant de boeuf désossé".

Une tromperie massive à l’échelle européenne

Loin d’être anecdotique et limitée à l’Occitanie, la région de Spanghero, l’affaire est emblématique de la complexité et de l’opacité de la chaîne d’approvisionnement des plats cuisinés. Parti de Grande-Bretagne, le scandale concerna au final plus de 13 pays européens, 750 tonnes de viande et plus de 4,5 millions de plats cuisinés. Des marques comme Findus et Picard, trompées sur la nature de la viande des plats réalisés par leurs sous-traitants, et l’industrie agroalimentaire ont vu leur réputation durablement entachée.

Celle-ci a en effet montré les difficultés et limites de la traçabilité dans la chaîne agroalimentaire constituée de multiples marchés internationaux de matières premières alimentaires jusqu'alors inconnue du grand public comme le "minerais de viande" (un aggloméré de bas morceaux hachés pourtant interdit depuis la vache folle) mais aussi d’une cascade d’intermédiaires plus ou moins opaques, éclatés sur plusieurs pays. Alors que la vache folle avait permis d’améliorer la transparence sur le circuit de la viande fraîche les consommateurs ont découvert que ce n’était pas le cas pour les plats cuisinés.

Une traçabilité renforcée depuis l’affaire ?

Si toutes les entreprises liées au scandale n’ont pas été inquiétées judiciairement, la chaîne de responsabilité semble bien partagée. Dans son ordonnance de renvoi consultée par l’AFP, le juge estime ainsi que Cogimel et sa filiale Tavola ont été négligentes. "Un simple examen visuel aurait permis" de découvrir que certaines étiquettes étaient mensongères, avait ainsi relevé la DGCCRF lors de l'enquête. À l’époque, Findus et Picard avaient également été pointés du doigt pour leur manque de contrôle.

L’affaire a tout de même permis de renforcer la législation sur la traçabilité et la communication sur les produits transformés. En France, depuis un peu plus d’un an désormais, les étiquettes doivent indiquer l’origine du lait et des viandes utilisées dans les produits transformés contenant plus de 8 % de viande ou 50 % de lait. Une obligation toutefois limitée aux industriels français.

Béatrice Héraud avec AFP


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