Publié le 13 décembre 2018

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Le groupe Bolloré mis en examen pour "corruption" dans l’affaire des ports africains

Six mois après la garde à vue du milliardaire Vincent Bolloré, sa holding a été mise en examen à son tour mercredi 12 décembre dans l'enquête sur des soupçons de corruption dans le cadre de l'obtention de concessions portuaires en Afrique de l'Ouest, a annoncé le groupe.

Le groupe de Vincent Bolloré est mis en examen dans l'affaire des ports africains.
@EricPiermont/AFP

"La holding Bolloré SA, qui n’est en rien concernée par les faits objets de l’investigation, a décidé d’exercer un recours afin d’être mise hors de cause", s'est défendue l’entreprise dans un communiqué annonçant l'information.

Le 25 avril, l'homme d'affaires de 66 ans avait été mis en examen dans ce dossier, après deux jours de garde à vue dans les locaux de la police anticorruption, une procédure rarissime pour un chef d'entreprise aussi influent. Deux de ses proches collaborateurs avaient été mis en examen le même jour.

Mercredi, les juges d'instruction Serge Tournaire et Aude Buresi ont procédé à la mise en examen attendue de la holding, pour les mêmes qualifications que son patron -"corruption d'agent étranger" ainsi que complicité d'"abus de confiance" et de "faux et usage de faux" - selon Me Olivier Baratelli, l'avocat du groupe et de Vivent Bolloré joint par l'AFP.

Activités de conseil politique

"C'est la suite logique, sans aucun élément nouveau à la procédure depuis le mois d'avril, afin que la société ait accès au dossier", a-t-il déclaré. Les juges d'instructions du pôle financier du tribunal de Paris soupçonnent le groupe Bolloré d'avoir utilisé les activités de conseil politique de sa filiale Havas afin de décrocher la gestion des ports de Lomé, au Togo, et de Conakry, en Guinée, via une autre de ses filiales, Bolloré Africa Logistics, anciennement appelée SDV.

SDV a obtenu la gestion du port de Conakry quelques mois après l'élection d'Alpha Condé fin 2010, et avait remporté la concession à Lomé peu avant la réélection en 2010 au Togo de Faure Gnassingbé, qui étaient alors tous deux conseillés par Havas.

Bolloré conteste

S'appuyant en particulier sur les documents retrouvés lors des perquisitions de 2016 au siège du groupe Bolloré, les magistrats soupçonnent Havas d'avoir sous-facturé ses services rendus aux deux candidats victorieux pour obtenir, en contrepartie, la gestion des concessions portuaires.

Le groupe Bolloré avait déjà "formellement" contesté avoir commis des irrégularités en Afrique où il gère 16 terminaux portuaires. "Les concessions obtenues au Togo l'ont été en 2001, bien avant l'entrée du groupe dans Havas, et en Guinée, en 2011, à la suite de la défaillance du n°1 (le groupe étant arrivé en seconde position lors de cet appel d'offres), défaillance constatée avant l'élection du président", avait fait valoir le groupe lors de la garde à vue de ses dirigeants au printemps.

"Bolloré remplissait toutes les conditions d'appel d'offres. C'est un ami, je privilégie les amis. Et alors ?", s'était justifié pour sa part en 2016 le président Alpha Condé auprès du journal Le Monde.

La Rédaction avec AFP


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