Publié le 13 avril 2021

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Coup d’envoi du projet pétrolier de Total en Ouganda, malgré les risques environnementaux, climatiques et humains

Le projet pétrolier de Total en Ouganda est désormais sur les rails. Le 11 avril, l'entreprise française, la compagnie chinoise Cnooc, l'Ouganda et la Tanzanie ont signé plusieurs accords concernant le projet d'exploitation de gisements pétroliers et l'acheminent via un oléocuc de plus de 1400 km. Plusieurs ONG ougandaises et françaises dénoncent depuis des années les risques climatiques, environnementaux et sociaux de ce méga-projet pour lequel Total a été attaqué sur son devoir de vigilance. 

Site des futurs gisements petroliers ouganda
Le futur site des gisements sur les rives du lac Albert, en Ouganda
@Martin Dudek / FIDH

C’est un énorme projet pétrolier. Un des plus gros lancés cette année dans le monde. Total et la compagnie chinoise Cnooc ont signé dimanche 11 avril plusieurs accords avec l’Ouganda et la Tanzanie ouvrant la voie à la construction d’un oléoduc. Le projet, opéré par Total et Cnooc, prévoit l’exploitation de gisements découverts en 2006 en Ouganda, dans la région du lac Albert, et l’acheminement du pétrole par cet oléoduc, l’East African Crude Oil Pipe Line (Eacop), d’un coût estimé à 3,5 milliards de dollars soit 2,9 milliards d’euros. Ce dernier transportera le futur brut ougandais vers un port tanzanien sur l’océan Indien.

"C’est un jour historique pour l’Ouganda, la Tanzanie, l’Afrique de l’est et Total", s’est réjoui sur Twitter le PDG du groupe pétrolier, Patrick Pouyanné. Du côté des ONG, l’heure n’était pas à la fête. Depuis des années, elles se battent pour faire péricliter ce projet qu’elles jugent "climaticide". Selon l’Alliance StopEacop réunissant une trentaine d’associations, des Amis de la Terre à Extinction Rebellion en passant par l’association Fridays For Future Uganda, plus de 132 puits de pétrole devraient être situés dans une aire protégée, à proximité du Lac Albert, alors que l’oléoduc, s’étendant sur plus de 1400 km, devrait traverser des zones humides en Tanzanie. 

Un projet "climaticide"

"De manière vitale, pour une entreprise qui cherche à se positionner en tant que leader climatique, Total choisit d'ignorer les risques climatiques massifs posés par la construction d'un pipeline de transport de pétrole brut qui générera une nouvelle source de 34,3 millions de tonnes d'émissions de carbone au pic de son fonctionnement", dénoncent les ONG. Mais au-delà des risques climatiques et environnementaux, c’est aussi l’atteinte aux droits humains qui est pointée du doigt. Selon l’Alliance StopEacop plus de 100 000 personnes devraient être affectées. "Malgré les promesses d’emplois et d’avenir meilleur, les communautés s’inquiètent de perdre leur terre, des dégâts environnementaux et des "promesses vides" de l’argent du pétrole", constatait en octobre dernier Caroline Brodeur, experte en entreprises et droits humains pour Oxfam.

La jeune ougandaise, Leah Namugerwa, devenue une figure de cette jeunesse qui se lève contre l’inaction climatique, à l’image de Greta Thunberg, dénonce ce projet et en appelle à la responsabilité de la France. "Pour Total c’est un jour historique", écrit-elle sur Twitter. "Je suis sûre que la France profite également silencieusement de ce moment puisque Total est leur entreprise". Et justement, plusieurs associations ougandaises et françaises avaient lancé en 2019 la première action de justice fondée sur le devoir de vigilance des multinationales. 

Total attaqué sur son devoir de vigilance

La loi sur le devoir de vigilance impose aux grandes entreprises de "prévenir les atteintes graves envers les droits humains" et "l'environnement" dans l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement. Le but des ONG était donc de contraindre Total  d'élaborer et de mettre en œuvre des mesures adéquates "à même de faire cesser les violations des droits humains et prévenir de futures violations ainsi que des dommages irréversibles pour l’environnement et le climat".

Alors que la Cour d’appel de Versailles avait décidé en décembre dernier de renvoyer l’affaire devant le tribunal de commerce, les associations ont, le 12 avril, annoncé contester cette décision et se pourvoir en cassation. "Total prend pleinement en considération la sensibilité du contexte environnemental et les enjeux sociétaux qui entourent ces projets à terre. Notre engagement est de mettre en œuvre ces projets de manière exemplaire et en toute transparence", répond Patrick Pouyanné. 

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP


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