Publié le 12 mai 2017

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Le patron de Barclays s’excuse d’avoir traqué un lanceur d’alerte

Le directeur général de Barclays a été chahuté pendant l'assemblée générale de la banque. Jes Staley fait actuellement l'objet d'une enquête judiciaire pour avoir cherché à démasquer l'identité d'un lanceur d'alerte. Il a présenté ses excuses aux actionnaires mais le conseil d'administration a déjà prévu de baisser sa part variable. 

Le directeur général de la banque britannique Barclays fait l'objet d'une enquête judiciaire pour avoir cherché l'identité d'un lanceur d'alerte
Barclays

C’est un acte assez rare pour être souligné. Lors de l’Assemblée générale de Barclays, le PDG de la banque britannique, Jes Staley, s’est excusé devant les 460 actionnaires pour avoir tenté de trouver l’identité d’un lanceur d’alerte. "Je me suis excusé auprès du conseil d’administration, et j’aimerais aujourd’hui m’excuser auprès de vous pour cette erreur", a-t-il déclaré. "Je sens qu’il est important que je reconnaisse auprès de vous, nos actionnaires, que j’ai commis une erreur en m’intéressant à ce problème. J’aurais dû laisser l’affaire suivre son cours", a-t-il ajouté.

Le scandale remonte à début avril. Dans un communiqué, daté du 10, Barclays avait annoncé que la banque et son directeur général, Jes Staley, faisaient tous les deux l’objet d’une enquête couverte par le gendarme financier du Royaume-Uni (Financial Conduct Authority) et par le régulateur bancaire (Prudential Regulation Authority). Selon l’agence Bloomberg, l’affaire serait également examinée par le régulateur des services financiers de New York (DES).  

 

"Qu’est-ce-que Mr Staley pensait faire du lanceur d’alerte s’il l’avait retrouvé ?"

 

En juin 2016, le Conseil d’administration et Jes Staley reçoivent une lettre anonyme. L’auteur y relate ses soupçons de favoritisme dans le recrutement d’un nouveau cadre. Faisant fi du code de conduite de la banque qui incite ses employés à dénoncer les pratiques frauduleuses ou suspectes, Jes Staley a demandé au service postal de retrouver l'auteur de la lettre. Or la loi britannique interdit de rechercher l’identité d’un lanceur d’alerte.  

"Qu’est-ce-que M. Staley pensait faire du lanceur d’alerte s’il l’avait retrouvé ?", s’est interrogé un des actionnaires pendant l’Assemblée générale, "Le mettre dans une valise et le lancer dans la rivière ?"  

 

Baisse de la part variable de Jes Staley  

 

Le Conseil d’administration prétend lui que Jes Staley ne connaissait pas la loi et qu'il avait le "feu vert" du board, a indiqué le président de Barclays John McFarlane. "Si je pensais qu’un directeur général devrait partir, vous me connaissez, il partirait", a ajouté le président, réputé pour sa sévérité. En seulement sept ans, cinq directeurs généraux se sont succédé chez Barclays.

Pour autant, le Conseil d’administration a décidé qu’un "ajustement très important sera apporté à l’indemnité variable de M. Staley. Le Conseil examinera les conclusions des enquêtes FCA et PRA et le montant précis de l’ajustement compensatoire sera déterminé par le Conseil une fois que ces enquêtes auront été conclues".

 

Contestation des actionnaires

 

De prime abord, les actionnaires soutiennent leur directeur général puisque 97% des votants ont approuvé sa reconduction au conseil d’administration. Et seulement 2,82% ont voté contre. Mais l’abstention a été forte. 63% du capital-actions était représenté contre 71% habituellement.

Pour cause, le 27 avril, la société de conseil ISS, l’Institutional Shareholder Services, a recommandé aux actionnaires de s’abstenir lors du vote de réélection de Jes Staley "étant donné son implication personnelle et sa responsabilité dans cette affaire", relate le Wall Street Journal qui a eu accès au courrier envoyé par l’ISS aux actionnaires. La société n’avait pas recommandé de voter contre la reconduction du DG en raison de "l’engagement du conseil à coopérer avec les enquêtes en cours". 

Marina Fabre
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