Publié le 14 janvier 2015

ENVIRONNEMENT

Interdit, le Bisphénol A dans les contenants alimentaires n’a pourtant pas disparu

Depuis le 1er janvier, le bisphénol A (BPA) est interdit en France dans les conserves, canettes et autres contenants alimentaires. Une interdiction qui vient sanctionner la responsabilité de ce perturbateur endocrinien dans des troubles de la fertilité et dans de nombreuses pathologies chroniques (diabète, obésité, cancer, etc.). Pour autant, le BPA n’a pas encore disparu des rayonnages. Et son interdiction dans la fabrication des tickets de caisse est suspendue à la décision européenne attendue pour la fin de ce mois de janvier 2015.

Dans cette usine de boites de conserve de Saône-et-Loire, du bisphénol A était toujours utilisé en octobre 2012.
© Philippe Desmazes / AFP

La France interdit dorénavant la présence de bisphénol A (BPA) dans tous les contenants alimentaires: conserves, canettes, bouteilles et vaisselle en plastique, etc. Décidée fin 2012, cette interdiction concerne la fabrication, mais aussi l’importation, l’exportation et la mise sur le marché des emballages et ustensiles alimentaires contenant du BPA.

La France est le seul pays au monde à avoir légiféré pour réduire l’exposition au BPA. Ces quinze dernières années, les travaux scientifiques se sont multipliés pour mettre en lumière les effets sanitaires de ce perturbateur endocrinien susceptible d’altérer le système hormonal, avec des conséquences telles que des troubles de la fertilité, des cancers hormono-dépendants (sein, prostate, testicule) et des maladies chroniques comme le diabète, l’obésité, etc.

 

Jusqu’à épuisement des stocks

 

Aujourd’hui interdit, le BPA n’a pourtant pas disparu des rayonnages. Les contenants alimentaires ayant été mis sur le marché français avant le 1er janvier 2015 pourront être écoulés jusqu’à épuisement des stocks. Les équipements industriels ne sont par ailleurs pas touchés par l’interdiction: les réservoirs, les silos ou encore le matériel de fabrication industrielle (moules des appareils de production à la chaîne), etc.

Autre incertitude, la capacité de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) à garantir l’application de la loi. Le manque de moyens alloués aux contrôles est rappelé à chaque nouveau scandale sanitaire. Il est d’ailleurs prévu que les contrôles de la DGCCRF portent essentiellement sur les usages intentionnels du BPA.

 

Autre source d’exposition, les tickets de caisse

 

Concernant les substituts plastiques, un rapport parlementaire de novembre 2014 souligne l’effort des industriels pour trouver des solutions de remplacement au BPA. Les nouveaux composés utilisés ont tous reçu une autorisation de commercialisation, mais l’évaluation de leurs risques sanitaires doit se poursuivre, selon l’Agence nationale de sécurité de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

Autre source importante d’exposition, le BPA présent dans le papier thermique qui compose les tickets de caisse. Plutôt qu’une mesure nationale, la France a cette fois décidé de s’en remettre à la décision de l’Union européenne. Ségolène Royal a réaffirmé sa volonté de défendre le dossier du BPA au niveau européen, mais le contexte y est moins favorable à une interdiction. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) doit rendre son avis sur la dangerosité du BPA et la légitimité d’une interdiction à la fin du mois de janvier. 

Magali Reinert
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