Publié le 04 juillet 2018

ENVIRONNEMENT

Six matières premières essentielles mettent la transition énergétique en danger

La disponibilité du cobalt, du tungstène, de l'étain, du dysprosium, du néodyme et du praséodyme sont clés pour la transition énergétique à travers la planète. Mais la disponibilité de ces métaux et terres rares est sous tension critique à en croire une étude du BRGM, de McKinsey et de CRU Consulting.

Convoyeur cobal RDC SAMIR TOUNSI AFP
La RDC fournit 50 % du cobalt mondial. Le cours de ce métal a quadruplé en deux ans.
@SamirTounsi/AFP

Fin juin, la France a accueilli à Nancy (Meurthe-et-Moselle) le Forum Mondial des Matériaux (WMF), un "Davos des matières premières". Les experts réunis à cette occasion lancent une alerte. Le BRGM (Bureau des recherches géologiques et minières) et les cabinets Mc Kinsey et CRU Consulting y ont présenté un tableau périodique des éléments (table de Mendeleïev) revisité. Il met en avant les métaux dont l'approvisionnement pourrait devenir critique pour la transition énergétique et numérique mondiale.

Basée sur six critères allant de l'estimation des réserves connues à la possibilité de substitution ou de recyclage du métal, cette analyse classe les éléments selon leur niveau de risque du vert au rouge. Il prend en compte également "risque politique". Le cobalt, le tungstène et l'étain figurent en tête.

Le cobalt sous pression

Sans surprise, le cobalt, au cœur de toutes les convoitises, est classé "rouge". Il est "un ingrédient essentiel des batteries" et la croissance des véhicules électriques fait que le besoin global de ce métal pourrait ne pas être couvert "entre 2025 et 2030", explique Pierre Toulhoat, directeur des opérations du BRGM. En outre, la moitié de l'approvisionnement vient de la République démocratique Congo, ce qui constitue un élément de risque politique, selon l'étude.

En deux ans, le prix de ce métal a quadruplé en raison de la concurrence que se livrent les acteurs de la mobilité électrique et ceux du numérique pour cette matière première. En une décennie, "les 70 ans de réserves actuelles de cobalt tomberont à 25 ans si elles ne sont pas renouvelées", alerte le WMF.

La mainmise chinoise

Selon l'étude du WMF, le tungstène est aussi en situation dangereuse. Ce métal affiche près de 37 ans de réserve, mais 90 % se situe en Chine. De plus, le tungstène intéresse de plus en plus de secteurs, explique le WMF comme la "métallurgie pour des alliages extrêmement performants pour l'aéronautique et pour la fabrication additive".

L’étain se retrouve dans une situation comparable avec seulement 17 ans de réserves, concentrées sur la Chine, la Birmanie et l'Indonésie. Or, en plus de la transition énergétique, ce métal est également appliqué dans toute l’électronique qui soutient la transition numérique.

En plus de ces trois métaux, trois terres rares sont classées "rouge" : le dysprosium, le néodyme, le praséodyme. Leur nom est trompeur car les terres rares sont très abondantes, mais à plus de 90 % produites par la Chine. Or en 2010, Pékin avait littéralement mis le monde à genoux en reduisant ses exportations de 10 % afin de préserver son industrie et surtout de s’imposer comme seul pays à fixer les cours de cette ressource.

L’automobile doit choisir

Au-delà de ces matières sous tension, il y a des matériaux à surveiller en raison de "l'incertitude qui règne sur les choix futurs de motorisation et de génération d'énergie", explique Victoire de Margerie, vice-présidente du WMF. L’exemple du vanadium est parlant. Ce métal présente des réserves de 250 ans. Mais, selon Pierre Toulhoat, "il peut y avoir une percée du vanadium pour les batteries redox à flux", une technologie prometteuse pour la mobilité.

L'automobile est "un secteur où il y a encore de grosses incertitudes sur la domination de telle ou telle technologie", ce qui impose de "garder une attention très soutenue sur un certain nombre de métaux qui vont percer plus ou moins, en fonction des technologies", a ajouté le responsable du BRGM.

Bien sûr, des alternatives existent à ces matières premières. La principale est le recyclage des matières usagées. Mais le coût reste encore souvent supérieur aux matériaux extraits des mines. Quant aux taux de recyclage, ils sont très variables. Si plus de 50 % de l’aluminium et plus de 30 % du cuivre sont recyclés, moins d’un tiers des terres rares l’est.

Ludovic Dupin avec AFP


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