Publié le 09 octobre 2017

ENVIRONNEMENT

Cacao illégal : Nestlé, Ferrero et Lindt accusés de déforester des zones protégées

Plusieurs grands noms du chocolat sont soupçonnés de s’approvisionner en cacao illégal, issu de zones défrichées illégalement car situées dans des parcs nationaux et des forêts protégées. Le secteur du chocolat est ainsi le premier facteur de déforestation en Côte d’Ivoire et au Ghana, les deux plus importants producteurs mondiaux de cacao.

Lors de la prochaine COP 23, des mesures sont attendues pour lutter contre la déforestation due aux plantations de cacao.
Mighty Earth

La face cachée du chocolat. Derrière les tablettes que nous dévorons avec gourmandise, ce sont des milliers d’hectares de forêts protégées qui partent en fumée. Dans un rapport publié mi-septembre, l’ONG américaine Mighty Earth a remonté la filière et démontré qu’une quantité importante du cacao avec lequel Mars, Nestlé, Lindt, Godiva et d’autres grandes marques fabriquent leur chocolat est cultivée illégalement dans des parcs nationaux et des aires protégées en Côte d’Ivoire et au Ghana, les deux plus grands producteurs de cacao au monde.

Ils ont ainsi vu 90 % de leur surface, parfois davantage, convertie en cultures de cacao. Les fèves sont achetées par des intermédiaires et revendues aux géants de l'agroalimentaire comme Olam, Cargill et Barry Callebaut qui contrôlent à eux trois près de la moitié du marché mondial. Selon l'ONG, ces négociants internationaux fournissent ce cacao illégal aux grands noms du chocolat : Ferrero, Lindt, Mars, Nestlé ou encore Cadbury.

"Cette situation est un secret de polichinelle, expliquent les auteurs du rapport. Les zones protégées sont parfois devenues de véritables villes. Certaines comptent des dizaines de milliers d’habitants, des écoles, des dispensaires publics, des mosquées, des magasins et quelquefois des antennes-relais, au vu et au su des autorités gouvernementales".

Une barre chocolatée pollue autant qu’un trajet de 8 kilomètres en voiture

Le directeur de l’agence d’État Sodefor (Société de développement des forêts) estime que 40 % du cacao ivoirien provient d’aires protégées. Et l’ONG est persuadée qu’il est impossible pour les industriels de ne pas être au courant. "Le degré d’implication de marques célèbres de chocolat comme Mars dans la destruction des parcs nationaux et des aires protégées est choquant", déclare Etelle Higonnet, directrice juridique et directrice de campagne pour Mighty Earth.

La culture du cacao est ainsi devenue le premier facteur de déforestation en Côte d’Ivoire et au Ghana. Dans ces deux pays, les chimpanzés, les éléphants et d’autres espèces sauvages ont été décimés. En Côte d’Ivoire, il ne reste plus qu’entre 200 et 400 éléphants sur une population qui à l’origine en comptait des dizaines de milliers. Et moins de 3,7 % du territoire reste aujourd'hui densément boisé.

Évolution de la couverture forestière en Côte d'Ivoire (en vert) de 1990 à 2015. Source : Mighty Earth. 

L’impact est également environnemental puisque ces écosystèmes détruits formaient d’importants puits de carbone. Une barre de chocolat noir fabriquée avec du cacao provenant de terres défrichées possède ainsi la même empreinte carbone qu’un trajet de 8 kilomètres en voiture.

Des mesures annoncées pendant la COP23

"Ce rapport montre que le secteur du chocolat proclame depuis longtemps des engagements en matière de développement durable, mais que cela ne l’a pas empêché de se comporter de manière indigne, poursuit Estelle Higonnet. Les grands noms du chocolat doivent immédiatement prendre des mesures fortes pour mettre un terme une bonne fois pour toutes à la déforestation, et remédier aux dégâts causés par le passé."

En mars dernier, 34 entreprises du secteur du chocolat se sont engagées à présenter un plan concret pour lutter contre la déforestation lors de la prochaine COP23, qui se tiendra à Bonn (Allemagne) en novembre. Parmi les mesures envisagées, des efforts dans la protection et la restauration des secteurs protégés, une reconversion des fermiers et une amélioration de la productivité pour réduire le nombre de plantations.

Selon une étude du Basic sur les coûts cachés du chocolat, publiée l’année dernière, pour un euro de cacao exporté, il en coûte 77 centimes d'euros aux populations et autorités locales en termes de pollution, déforestation et conséquences néfastes sur la santé. 

Concepcion Alvarez @conce1


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