Publié le 05 août 2021

ENVIRONNEMENT

La géoingénierie pour sauver la planète : aspirer le CO2 dans l’air pour compenser ses émissions

Et si des millions de tonnes de CO2 étaient captées dans l'air par des aspirateurs géants ? Cette technologie de capture de carbone directement dans l'atmosphère se développe partout dans le monde et offre une voie novatrice aux entreprises qui souhaitent compenser leurs émissions, malgré des freins importants. Cette semaine, Novethic fait le point sur des solutions développées par la géo-ingénierie pour lutter contre le réchauffement climatique.  

Capture dans air co2 climeworks
Cette usine de capture de CO2 dans l'air en Islande devrait récupérer 4 000 tonnes de CO2 par an.
@ClimeWorks

C’est la plus grande usine de captage de CO2 directement dans l’air. Baptisée Orca, elle a été développée par ClimeWorks et sera lancée le 8 septembre prochain en Islande. "L'élimination du dioxyde de carbone passera au niveau supérieur en combinant la technologie de capture directe de l'air de Climeworks avec le stockage souterrain du dioxyde de carbone fourni par Carbfix. Orca captera 4 000 tonnes de CO₂ par an, ce qui en fait à ce jour la plus grande installation climatiquement positive au monde", indique sur son site cette startup issue de l’École polytechnique de Zurich. À titre de comparaison, l’humanité émet chaque année plus de 43 milliards de tonnes de CO2 mais la startup espère que les projets comme Orca vont se développer partout dans le monde.

En extrayant le dioxyde de carbone de l’air pour l’injecter profondément sous terre où il sera transformé en roche, Climeworks a développé l’un des moyens les plus novateurs de compensation carbone. Exit la plantation d’arbres, les entreprises vont, à l’avenir, se tourner vers ses aspirateurs géants à CO2 pour compenser leurs émissions. Le célèbre fondateur de Tesla, Elon Musk, a même proposé sur Twitter en janvier dernier 100 millions de dollars à la personne ou la société qui présentera la solution la plus avancée de capture de dioxyde de carbone. 

Ces dernières années, de plus en plus de startups sont apparus sur ce marché. Carbon Engineering par exemple travaille depuis 2015 sur la capture directe de C02. D’ici 2026 en Écosse, l’entreprise canadienne devrait installer une usine permettant d’éliminer jusqu’à un million de tonnes de C02 par an, l’équivalent de la quantité absorbée par environ 40 millions d’arbres. Le CO2 pourrait être stocké en permanence sous les fonds marins au large des côtes écossaises. 

Une technologie coûteuse

"Même si toutes les autres mesures que nous prenons pour éviter les émissions, les voitures électriques, les énergies renouvelables, ce genre de choses, même si elles réussissent, il faut toujours éliminer le carbone", a déclaré à la BBC Steve Oldham, PDG de Carbon Engineering. "Je pense que la capture directe de l'air va constituer une partie importante du plan "net zéro" du Royaume-Uni", ajoute-t-il. Ces technologies baptisées DAC (Direct Air capture) sont-ils la solution miracle au réchauffement climatique ? Aujourd’hui, selon l’Agence internationale de l’énergie, il existe 15 usines de capture directe de l’air en Europe, aux États-Unis et au Canada mais le principal frein au développement de cette technologie reste son coût. 

La capture directe de l’air est "très chère car le CO2 dans l’atmosphère n’est que de 0,04 %", a déclaré au site CNBC Howard Herzog, ingénieur principal à la MIT Energy Initiative, et le processus technique d’élimination du dioxyde de carbone d’un gaz devient plus coûteux à mesure que la concentration de dioxyde de carbone diminue. Pour beaucoup, la meilleure solution reste, en premier lieu, de réduire ses émissions avant de les compenser. D’autant que certaines sociétés qui ont opté pour ces technologies revendent le CO2 à d’autres entreprises comme Coca-Cola ou Oxy, filiale de la compagnie pétrolière Occidental. Le pétrolier va ainsi utiliser le gaz capté par Carbon Engineering pour doper la productivité de ses puits de pétrole de schiste. 

Marina Fabre, @fabre_marina



© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Pollution

Fleuves impropres à la consommation, terres stériles, produits toxiques déversés massivement, la liste des pollutions de toutes natures est longue. Les initiatives visant à les réduire se font plus nombreuses mais elles restent très inférieures aux besoins.

Stocamine : la justice annule l’enfouissement définitif des 42 000 tonnes de déchets toxiques

Confinement définitif, déstockage total ou partiel ? Depuis plus de vingt ans, ces questions agitent le village alsacien de Wittelsheim mais aussi les ministres de l'Environnement successifs. Au cœur du bras de fer qui oppose élus locaux et associations environnementales au gouvernement, il y a...

IStock Canetti Istock voiture trafic

Pollution de l'air : l’Organisation mondiale de la santé durcit considérablement les seuils de qualité de l'air

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a revu ses seuils d'expositions aux polluants à la baisse pour protéger la santé des populations. A l'occasion de la journée nationale pour la qualité de l'air le 14 octobre, la France a publié son bilan pour l'année 2020. Si globalement la qualité de l'air...

Dechets Marseille ecologie NICOLAS TUCAT AFP

Après les inondations à Marseille, les plages ensevelies sous des tonnes de déchets

Après les épisodes de pluies exceptionnelles qui se sont abattues sur Marseille, des tonnes de déchets se sont déversées sur les plages de la cité phocéenne et dans la Méditerranée. Une situation qui relève d'un "écocide" dénonce la municipalité alors que depuis une semaine, les déchets...

MARIO TAMA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP marée noire Californie

Une marée noire dévaste les côtes de Californie et questionne la vétusté des infrastructures de l'État

C'est l'une des pires marées noires de l'histoires de la Californie : 480 000 litres de pétrole se sont déversés au sud de l'État depuis samedi 2 octobre. Alors que poissons et oiseaux s'échouent sur les côtes, la municipalité dénonce un désastre écologique. La vétusté de l'oléoduc vieux de 40 ans...