Publié le 24 janvier 2019

ENVIRONNEMENT

Loop, la plateforme qui veut mettre le e-commerce en vrac

Du e-commerce zéro déchet, voilà l’ambition d’une nouvelle plateforme de vente en ligne impliquant Carrefour, Procter & Gamble, Unilever, Mondelez International ou Suez auprès de TerraCycle. Lancé médiatiquement à Davos, Loop sera disponible en mai en expérimentation pilote à Paris et New York. Objectif : séduire des consommateurs hors du circuit de niche du vrac et enclencher un cycle vertueux de réduction d’emballages chez les géants de l’agroalimentaire et de la cosmétique.

25 multinationales telles que PepsiCo, Unilever, Neslté, carrefour ou Mondelez s'associent pour sensibiliser leurs consommateurs au vrac via une plateforme dédiée
@aetb

Sus aux emballages. Face à l’amoncellement des déchets plastiques et autres cartons, les consommateurs deviennent de plus en plus sensibles à l’appel du zéro déchet. Et les industriels se voient pressés de trouver des alternatives.

La plateforme de e-commerce Loop, présentée ce 24 janvier à Davos, espère faire partie de la solution. Initiée par l’entreprise TerraCycle qui travaille sur le zéro déchets dans une vingtaine de pays dans le monde, elle réunit les 25 géants mondiaux de l’agroalimentaire, de la cosmétique et de la distribution parmi lesquels Unilever, Procter & Gamble, Carrefour, Mondelez International, The Body Shop, UPS et Suez. Le concept mise sur une écologie circulaire 2.0 en mixant le commerce en ligne au recyclage et à la vieille pratique de la consigne.

Transformer le marché 

En mai prochain, il sera donc possible de commander en ligne biscuits, pâtes, shampoing ou produits de beauté (en tout une centaine de produits de consommation courante) conditionnés dans des emballages durables, réutilisables (au minimum 100 fois) et consignés. Une fois les produits terminés, les contenants vides seront récupérés chez les consommateurs, nettoyés, remplis de nouveau et réexpédiés.

Pour TerraCycle, l’appel à des multinationales garantit à la fois la visibilité de l’initiative auprès du grand public et sa sensibilisation à un nouveau mode de consommation et une capacité de transformation du marché à grande échelle, à l’heure où le vrac et la consigne reste encore des marchés de niche.

Quant aux industriels et distributeurs, ils y voient l’occasion de valoriser leur politique environnementale. "Ce type de démarche s’inscrit dans notre stratégie de réduction et de recyclabilité des emballages (moins 65 millions de kilos d’ici 2020 et une recyclabilité totale d’ici 2025) et plus largement, dans notre stratégie valorisant la production durable de nos biscuits. Cela va nous permettre de tester un procédé innovant qui pourrait être déployé à plus de produits et de marques en cas de succès", assure Charlotte Verhaeghe, general manager de Mikado, en charge de la politique développement durable de Mondelez Europe.

Le défi de l’impact

"C’est à nous distributeurs et grands producteurs de joindre nos forces et de prendre ce risque car cela implique des changements de production qui ne sont pas, à ce stade, tenables par des PME", souligne ainsi Bertrand Swiderski, directeur développement durable de Carrefour. Le distributeur va proposer plusieurs références en marque propre, notamment en bio, et s’occuper de la logistique, en utilisant son canal de livraison habituel.

Si Loop se présente en innovation "disruptive", elle devra néanmoins encore relever plusieurs défis pour être réellement avoir un impact environnemental significatif. À ce stade, certains produits seront encore emballés de façon individuelle, notamment du fait du court délai laissé aux marques pour trouver des alternatives.

Le concept devra aussi convaincre les consommateurs sur le long terme car, selon l’analyse de cycle de vie réalisée par Terra cycle, c’est au bout du cinquième cycle de réutilisation que l’impact environnemental commence à être moins important qu’un produit traditionnel et au bout du 25e qu’il permet une réduction de 50 % (1) de cette empreinte. Une marge de manœuvre existe néanmoins sur les transports et sur les process industriels, qui pourraient tous deux être optimisés. Voire généraliser le procédé du vrac et de la consigne dans les supermarchés... 

La plateforme lancée en mai fera office d’expérience pilote. Un point d’étape sera réalisé en septembre 2019 pour faire le point et décider de l’avenir du projet. 

Béatrice Héraud @beatriceheraud 

(1)    L’analyse de cycle de vie réalisée par terra Cycle est disponible ici


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