Publié le 07 janvier 2014

ENVIRONNEMENT

L'Inde, pépinière de green tech

Venant combler un manque criant d'infrastructures énergétiques, les start-up vertes connaissent un véritable boom en Inde. Pour ces entreprises, il ne s'agit pas uniquement de sauver la planète, mais aussi de gagner de l'argent. Portrait de cette nouvelle « green economy » à l'indienne.

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Réchauds à bois
© Greenway Grameen Inf

Dans les pages des magazines économiques indiens, on ne parle que d'eux : les entrepreneurs de green business. Le secteur est en pleine expansion depuis que le gouvernement a lancé en 2008 le « plan d'action national pour le changement climatique » qui prévoit notamment des aides publiques pour les énergies renouvelables. D'ici 2020, l'Inde aura besoin d'1,4 million de professionnels dans le domaine des énergies renouvelables. A côté de grandes entreprises qui se sont lancées dans l'éco-construction ou l'énergie éolienne, encouragés par les subventions gouvernementales, des centaines de PME ont décelé dans le défi énergétique une véritable opportunité d'affaires.

Grameen Infra: 60 000 réchauds en deux ans

A Navi Mumbai, la ville nouvelle à l'est de Bombay censée désengorger la mégalopole, Greenway Grameen Infra produit des réchauds écologiques, qui ne dégagent pas de gaz toxiques (responsables de nombreuses morts dans le monde). Une équipe de 20 personnes dont la moyenne d'âge est inférieure à 30 ans, s'affaire dans les locaux. Shoeb Kazi dirige le développement des produits depuis la création de l'entreprise il y a deux ans : « Nous avons déjà vendu 60 000 réchauds et étendu notre présence de un à six Etats indiens, se félicite-t-il. Dans deux ou trois ans nous voudrions nous développer sur tout le territoire, et nous avons aussi des pistes au Bangladesh et en Ouganda».

En juillet 2012, l'appareil de Greenway Grameen Infra, qui permet d'économiser 1 600 kg de bois par an par rapport à un réchaud classique, a obtenu une certification du ministère indien des Energies renouvelables. L'entreprise postule maintenant pour des subventions auprès du « programme national pour les réchauds à biomasse » lancé par le gouvernement en 2009. Mais « le processus est très lourd pour une PME », déplore Shoeb Kazi. La société mise plutôt sur ses nouveaux projets. Greenway commercialisera bientôt un réchaud plus gros, adapté aux besoins des familles élargies, et développe aussi un autre modèle qui génèrera de l'électricité : « Vous pourrez brancher une ampoule à basse consommation ou recharger votre téléphone portable en cuisinant », détaille Shoeb Kazi.

Green Light Planet: « une stratégie de vente offensive »

Chez Green Light Planet, une entreprise qui vend des lampes à énergie solaire, les perspectives sont également au rendez-vous : la société affiche un taux annuel de croissance de 100% depuis 2010. Dans leurs bureaux installés dans des anciens bâtiments industriels, on se croirait plus à New York qu'à Bombay. La société a été fondée en 2007 par trois jeunes diplômés américains, dont deux d'origine indienne. Cinq ans plus tard, l'ancienne start-up compte 800 employés à plein temps, 6 000 vendeurs rémunérés à la commission et se développe en Afrique de l'Est. « Nous sommes une entreprise ambitieuse avec une stratégie de vente offensive », reconnaît volontiers Anjuli Pandit, directrice de la communication.

Le marché potentiel est immense : en Inde, plus de 400 millions de personnes vivent toujours sans accès à l'électricité et s'éclairent pour la plupart avec des lampes à kérosène. « Nous voulons combler ce manque d'infrastructures avec un impact social et environnemental positif », commente la porte-parole de la société. Théoriquement, Green Light Planet pourrait prétendre à des aides financières de l'Etat indien, à travers le volet sur l'énergie solaire du plan d'action de 2008 pour le changement climatique. « Nous ne l'avons pas fait. Le système est bureaucratique, il y a trop de papiers à remplir », indique Anjuli Pandit.

STEPS: transformer des sacs en plastiques en carburant

STEPS (Sustainable Technologies and Environmental Projets), petite société de 24 personnes installée en banlieue de Bombay, semble elle aussi promise à un avenir radieux. Son procédé baptisé « Polycrack », breveté cette année en Inde, permet de transformer différents types de déchets en diesel, gaz et carbone. Des sacs en plastique, mais aussi du caoutchouc ou des déchets organiques peuvent ainsi être réutilisés sans produire aucun déchet supplémentaire. « Nous venons de commencer à commercialiser notre technologie et nous avons déjà des commandes en Inde, en Italie, en Turquie, aux Pays-Bas, en Tunisie et en Slovénie », énumère Raghavendra Rao, directeur général.

Le concept est là encore né d'un problème récurrent en Inde : le recyclage du plastique. « Lorsque Bombay a été inondée en 1996, on a blâmé les sacs en plastique, se souvient Raghavendra Rao. Je me suis dit qu'il faudrait donner une valeur marchande à ces sacs, comme c'est déjà le cas pour les bouteilles ». Son équipe a mis sept ans à développer le projet. « En Inde, les coûts de développement sont très limités par rapport à d'autres pays, c'est pour cela que notre pays représente un terreau aussi fertile pour ce genre d'innovations », analyse l'entrepreneur. En une journée, une machine « Polycrack » peut transformer jusqu'à 150 tonnes de plastiques en 150 000 litres de carburant. Des capacités qui devraient intéresser beaucoup d'industriels, dans un pays qui importe 80% de sa consommation de pétrole.

Sarah Collin, à Bombay
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