Publié le 28 mars 2014

ENVIRONNEMENT

Biomimétisme : la nature au service de l'innovation

Le 26 mars, le ministre de l'Ecologie présentait son projet de loi sur la biodiversité. Le potentiel économique de la nature, incarné par le biomimétisme, est mis en avant pour justifier le texte. Cette approche, basée sur une innovation qui s'inspire de la nature et des êtres vivants, propose une nouvelle voie en matière d'innovation. De grands groupes industriels, comme les pouvoirs publics, se sont déjà emparés du concept.

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Les sharklets de l'A380
© Airbus

C'est une démarche venue des Etats-Unis qui commence à s'imposer en France. Le biomimétisme est en train d'acquérir ses lettres de noblesse. La preuve ? Le premier centre européen d'excellence en biomimétisme est en train de sortir de terre dans l'Oise. Cette démarche consiste à s'inspirer du vivant pour créer un produit.

Les possibilités offertes par cette approche semblent infinies. De nombreux département de recherche et développement (R&D) de grandes entreprises l'ont bien compris. Les acteurs de la filière verre s'inspirent des coquillages pour apporter plus de solidité à leurs produits. Des chercheurs canadiens ont récemment mis au point un verre qui s'inspire des microfissures présentes dans la nacre des coquillages. Les scientifiques ayant mis au point ce procédé affirment qu'il est 200 fois plus résistant qu'un verre ordinaire.

« En forêt, le sol n'a pas de déchets. Pourquoi ? Grâce aux champignons ! Ils se nourrissent de déchets organiques, ils peuvent donc servir à dépolluer les terres ou constituer de nouveaux matériaux de construction et de design », souligne Gil Burban, architecte et fondateur de Polypop, une startup spécialisée dans la production de biomatériaux innovants renouvelables et recyclables.

Les rapaces au secours des ingénieurs aéronautiques

L'aviation puise depuis longtemps son inspiration dans l'observation de la nature. Airbus, par exemple, analyse les oiseaux et le monde marin pour créer des appareils plus performants. Ainsi, les « winglets », ces ailettes verticales situées à l'extrémité des ailes de l'A380 sont inspirées des ailes de rapaces. Les « sharklets », quant à elles, sont de grandes ailettes qui trouvent leur origine dans les ailerons de requins. Ces deux innovations techniques améliorent la portance et l'aérodynamisme des avions du constructeur européen. Elles permettent de réduire la consommation de carburant jusqu'à 3,5% (700 tonnes de CO2 économisé par an/avion selon Airbus).

Le transport ferroviaire exploite aussi le biomimétisme. Les cabines des conducteurs de TGV sont équipées de vitres autonettoyantes qui utilisent un pelliculage spécifique. Une technologie née de l'analyse des propriétés de la feuille de lotus. Cette plante hydrophobique fait rouler l'eau comme des billes à sa surface.

Les groupes industriels intègrent le concept

« Le biomimétisme n'est pas incompatible avec un vieux groupe industriel comme Saint-Gobain. Nous le pratiquons depuis longtemps. Pour le pare-brise anti-pluie, nous nous sommes par exemple inspirés du Nénuphar, pour développer des verres autonettoyants. Mais nous ne sommes pas des biologistes, et nous avons besoin d'être accompagnés pour trouver la bonne source d'inspiration », estime Maria Fabra-Puchol, responsable R&D Produits Systèmes et Solutions chez Saint-Gobain. Promouvoir le biomimétisme, développer la recherche et accompagner les entreprises dans l'application industrielle, c'est justement l'objectif du Centre Européen d'Excellence en Biomimétisme de Senlis (CEEBIOS), un projet lancé en 2011 par différents partenaires publics et scientifiques.

Francis Pruche, biologiste et initiateur du projet, explique : « Nos principaux challenges portent sur les biomatériaux, la production d'énergie alternative et le traitement et recyclage de l'eau. La nature sait détoxifier l'eau, nous devons nous en inspirer. » Plusieurs entreprises sont déjà entrés en contact avec le Ceebios. C'est le cas d'Eiffage Construction : « Au départ, c'est la biodiversité qui nous amenés vers le biomimétisme. Nous voulons être plus vertueux dans le cycle de vie de nos bâtiments, et pour cela nous voulons développer l'éco-design et l'écoconception, qui sont deux engagements portés par le biomimétisme », explique Ingrid Jouve, directrice du développement durable d'Eiffage Construction.

Les pouvoirs publics semblent avoir pris conscience du potentiel économique de ce concept. Le 26 mars dernier, le ministre de l'Ecologie Philippe Martin le mettait largement en avant pour démontrer toute la pertinence de son projet de loi sur la biodiversité. Au sein de l'actuel gouvernement, Arnaud Montebourg en tête, doute aujourd'hui de l'utilité d'une telle loi.

Céline Oziel
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