Publié le 18 septembre 2020

ENVIRONNEMENT

L’Afrique, prochaine "plaque tournante" des déchets plastiques provenant des États-Unis

Alors que l'Asie, à l'instar de la Chine qui était encore il y a deux ans la première destination mondiale du recyclage, ne veut plus être la poubelle des déchets plastiques mondiaux, les industriels du secteur jettent désormais leur dévolu sur l'Afrique. Dans le cadre d'un nouvel accord commercial entre les États-Unis et le Kenya, ils somment les autorités de lever les restrictions environnementales pour faire du pays la porte d'entrée des déchets plastiques sur le continent.

Dechets plastique pixabay 01
Greenpeace Afrique craint que le lobbying des industriels ne perturbent la lutte contre le plastique sur tout le continent.
CC0

Après l’Asie, l’Afrique sera-t-elle bientôt inondée par les déchets plastiques américains ? C’est en tout cas ce que souhaitent les industriels regroupés au sein de l’American Chemistry Council. Le New York Times vient en effet de révéler une lettre du directeur commercial de cette association regroupant de puissants groupes de produits chimiques et d’énergies fossiles tels Shell, Chevron, DuPont et Dow ou encore Exxon Mobil, adressée aux autorités américaines.

Alors que les États-Unis et le Kenya rediscutent en ce moment un accord commercial qui doit s’achever en 2025, Ed Bryztwa demande à l’administration Trump "d’interdire l’imposition de limites nationales sur la production ou la consommation de produits chimiques et de plastiques et de lever les restrictions sur le commerce transfrontalier des matériaux et des matières premières". Le but, selon lui, est que le Kenya puisse se développer en organisant une filière de recyclage du plastique dans la région. "Nous prévoyons que le Kenya pourrait servir à l’avenir de plaque tournante pour la fourniture de produits chimiques et plastiques fabriqués aux Etats-Unis à d’autres marchés en Afrique", espère Ed Bryztwa.

L'Asie ferme ses portes

Si les industriels se tournent vers le continent africain, c’est que la Chine, qui importait jusqu’ici la majeure partie des déchets plastiques américains, a décidé de mettre fin à ce commerce en 2018. Dans un premier temps, les industriels ont jeté leur dévolu sur la Malaisie, qui, en quelques mois, est devenu la première destination mondiale du recyclage. Mais face à l’explosion des déchets, elle a décidé, elle aussi, de fermer ses portes. "La Malaisie, comme tout autre pays en développement, a le droit de vivre dans de l’air pur, de l’eau, des ressources durables et un environnement propre", déclarait alors la ministre de l’Environnement.

Les regards se posent désormais sur l’Afrique, avec, comme porte d’entrée, le Kenya, dont le président, Uhuru Kenyatta, a fait valoir son impatience à conclure un accord avec les États-Unis alors que la pandémie mondiale a mis l’économie du pays à genoux. Mais les associations environnementales sont vent debout contre ce nouveau projet.

"L'Afrique est à l'avant-garde de la guerre contre les plastiques"

"L'Afrique est à l'avant-garde de la guerre contre les plastiques, 34 pays sur 54 ayant adopté une réglementation pour éliminer progressivement les plastiques à usage unique", a déclaré Fredrick Njehu, conseiller politique principal de Greenpeace Afrique. "Le gouvernement kényan ne devrait pas revenir sur les progrès réalisés dans ses ambitions sans plastique en se pliant à la pression des géants des combustibles fossiles, car il risque de faire dérailler les progrès réalisés sur tout le continent."

Il est toujours difficile de savoir le poids qu’auront les industriels dans le nouvel accord entre les États-Unis et le Kenya mais, comme le souligne au New York Times Sharon Treat, avocate à l’Institut non partisan pour l’agriculture et la politique commerciale, les lobbys d’entreprise "font souvent des propositions très spécifiques, que le gouvernement reprend ensuite". D’autant qu’avec la chute du cours de pétrole, les industriels voient dans la production de plastique l’avenir du secteur. Cette dernière, comme le souligne RFI, absorbe déjà la moitié du pétrole mondial avec 350 millions de tonnes de plastiques produits par an. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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