Publié le 27 novembre 2018

ÉNERGIE

Emmanuel Macron lance une grande concertation écologique pour répondre à la colère des gilets jaunes

À l’occasion d’une présentation sur la trajectoire énergétique de la France, le Président de la République a voulu faire un geste vers les gilets jaunes. Se refusant à revenir sur la taxe carbone, il a lancé une grande concertation nationale sur l’écologie. Une proposition accueillie froidement par les manifestants et les opposants politiques.

Gilets jaunes carburant PhilippeHuguen AFP
Depuis trois semaines, des gilets jaunes manifestent contre la hausse des carburants.
@PhilippeHuguen/AFP

C’est un exercice complexe dans lequel s’est lancé le Président de la République Emmanuel Macron ce mardi 27 novembre. Il a présenté les grandes lignes de la programmation pluriannuelle de l’énergie pour les 20 ans à venir. Mais, dans le même temps, il a voulu répondre à la colère des gilets jaunes inquiets pour leur pouvoir d’achat. Le mélange des genres n’a pas bien fonctionné, beaucoup arguant que les annonces ne sont pas assez concrètes pour des populations qui peinent à boucler chaque mois.

Pourtant, "fin du monde et fin du mois (…), nous allons traiter les deux", a assuré le résident de l’Élysée lors de son allocution de presqu’une heure. D’entrée, il a assuré qu’il ne reviendrait pas sur la taxe carbone. C’est cette dernière qui a participé à la hausse des prix des carburants qui a mis des milliers de gilets jaunes dans les rues. Il va même plus loin en dénonçant ceux qui ont voté cette taxe par le passé et la dénonce aujourd’hui.

Toutefois, "en cas de nouveau pic des prix, le gouvernement pourra décider de suspendre ou réduire la hausse de fiscalité intervenue en début d'année, pour ne pas aggraver inutilement la hausse déjà forte du prix à la pompe. En application de ce mécanisme, la hausse de la fiscalité aurait été suspendue entre juillet et octobre 2018, réduisant le prix à la pompe", modère Matignon.

Un nouveau modèle économique et social

En parallèle, le chef de l’État a annoncé une "grande concertation de terrain sur la transition écologique et sociale", qui doit permettre "dans les trois mois qui viennent" de répondre à la colère des "gilets jaunes" en élaborant des "solutions", des "méthodes d'accompagnement". Cette concertation devra être déclinée sur tout le territoire et associer associations, élus et "représentants des gilets jaunes", notamment.

L’objectif serait de "construire ce nouveau modèle économique, social, territorial dont nous avons besoin, de le construire en apportant des solutions, des méthodes d'accompagnement". À charge pour le Premier ministre Édouard Philippe de préciser comment "construire cette méthode commune de travail".

"Je ne veux pas qu'aux inégalités de revenus générées par la mondialisation s'ajoute pour nos concitoyens qui travaillent ou ont travaillé l'inégalité devant la transition écologique. Je refuse que s'installe une France à deux vitesses, où les plus riches, parce qu'ils ont fait les bons choix d'un point de vue environnemental, auront des factures allégées et les plus modestes, parce qu’ils n'auraient pas eu les moyens d'investir (…) devront payer encore davantage", a-t-il poursuivi.

Les gilets jaunes reçus par de Rugy

L’accueil n’a pas été bon du côté des gilets jaunes pour qui ces mesures ne répondent pas à leurs attentes. Ils ont été relayés en cela par plusieurs politiques. Par exemple, Yannick Jadot, député européen EELV, lance : "Il n'y a eu aucune annonce de mesures d'accompagnement pour les Françaises et les Français, qui aujourd'hui souffrent du point de vue du pouvoir d'achat (...), de la fracture territoriale. Faire dans ce moment un discours sans justice sociale, sans mesures d'accompagnement, je dois dire que j'en suis totalement stupéfait".

Le chef de l'État ne recevra pas de représentants des "gilets jaunes", malgré les demandes des manifestants. En revanche, il a confié au ministre de la Transition écologique François de Rugy le soin de les écouter. "J'ai souhaité qu'il puisse y avoir cette rencontre. J'ai vu que ce mouvement commençait à se désigner des porte-parole. Nous souhaitons qu'il y ait des débats très délocalisés, très décentralisés", a confirmé l’ancien Président de l’Assemblée nationale.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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