Publié le 22 avril 2020

ENVIRONNEMENT

Pétrolier, automobile, aéronautique… L’industrie mondiale demande un report des exigences environnementales pour faciliter la relance post Covid-19

Les secteurs les plus touchés par la crise du coronavirus en cours et la crise économique à venir assurent que leur pérennité et les emplois qu’ils génèrent sont en danger. Aussi pour limiter la casse, ces industries appellent à geler ou retarder les exigences environnementales qui leur sont demandées. En France, le Medef a fait de telles demandes au gouvernement.

Plusieurs industries, mises à mal par la crise du Coronavirus, veulent alléger leurs exigences environnementales.
@JohannaPoetsch

[Mis à jour le 22 avril] Matthieu Orphelin, l'ex-député LREM très remonté contre les plans d’aides aux entreprises sans contrepartie environnementale, met les pieds dans le plat. Il accuse les organisations patronales françaises comme le Medef, l’Afep ou le Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA) de profiter de la crise du Coronavirus pour demander un abaissement des normes environnementales imposées à leurs membres. Il accuse ces fédérations d’avoir adressé au gouvernement des requêtes en ce sens.

Quelques jours plus tard, le gouvernement a d’ailleurs confirmé l’information à l’AFP. Une source ministérielle confirme que le Medef et l'Association française des entreprises privées (Afep) ont plaidé pour un "moratoire" sur certaines normes environnementales futures. "Ils demandent un moratoire sur toute la loi (antigaspillage) mais il y a des mesures applicables dès le 1er janvier 2021" et "l'enjeu est de ne pas retarder les discussions sur les décrets d'application", a confirmé le cabinet de la secrétaire d'État Brune Poirson. En réalité ce type de demande apparaît partout dans le monde.  

Selon l’ONG de référence Influence Map, c’est le secteur pétrolier américain qui "mène" cette bataille sur les obligations environnementales. Il faut dire que ce secteur est pris en étau entre la baisse de la consommation due à la crise sanitaire, et la guerre des prix entre l’Arabie Saoudite et la Russie. "Le lobbying sur les volets de la politique climatique s'est concentré sur le report ou le gel de la conformité aux réglementations en vigueur. L'American Petroleum Institute demande que les exigences de l’agence américaine de l’environnement (EPA) soient levées", écrit l’ONG britannique.

L’automobile dispersée

Demande couronnée de succès puisque dès avril, l’agence a assoupli les règles portant sur la protection de l’eau et de l’air. "L’EPA ne prévoit pas de sanctions pour les violations de la surveillance de conformité, des tests d'intégrité, d'échantillonnage, d'analyse en laboratoire, de formation et d’obligations de déclaration ou de certification dans les situations où l'EPA convient que le Covid-19 était à l'origine de la non-conformité", explique l’Agence.

Au niveau européen le secteur automobile, bien que divisé, est au front. Alors que les ventes de voitures se sont effondrées, "le puissant groupe européen de lobbying automobile, ACEA (European Automobile Manufacturers Association), a demandé que les délais de mise en conformité avec les réglementations européennes (sur les émissions) soit allongés", rapporte Influence Map. L’association assure que le secteur auto n’abandonne pas la "lutte contre le changement climatique et pour la protection de l'environnement", mais juge que les dépenses nécessaires au respect des nouvelles normes sont impossibles dans le contexte actuel.

Certains constructeurs font toutefois dissidence. L’ONG Mighty Earth, qui dénonce aussi le lobby anti-climatique, met en avant les marques BMW et Volkswagen, qui "ont publié des déclarations indiquant clairement qu'ils soutiennent les normes climatiques 2020". Il faut dire que les deux constructeurs sont reconnus pour la puissance de leur recherche et développement. Même son de cloche du côté de Mitsubishi France ou de PSA qui assurent avoir suffisamment anticipé les normes pour ne pas demander d’assouplissement des règles.

En attente de l’Europe

Troisième secteur mobilisé : l’aéronautique, à travers l’IATA (Association internationale du transport aérien). L’aviation s’est engagée sur un objectif ambitieux. Toute croissance du trafic aérien, par rapport à la moyenne des années 2019-2020, devait être compensée en carbone à l’avenir. Mais vu l’effondrement du trafic, le secteur demande que seule l’année 2019 – année record – soit prise comme référence. L’IATA veut "éviter une charge économique inappropriée pour le secteur".

De nombreuses ONG jugent que si les États doivent effectivement aider les entreprises en danger pour préserver l’emploi, ils ne doivent rien céder sur le plan environnemental. Au contraire, elles voient dans la crise actuelle l’occasion de renforcer les exigences. Du côté des États-Unis, le choix a été fait de lever les contraintes, repoussant sine die l’urgence climatique. La position de l’Europe est très attendue. Fin avril, nous saurons si le plan de relance européen s’appuie sur l’ambitieux Green Deal (pacte vert) lancé avant la crise, ou si ce dernier est reporté plus tard au prétexte de faciliter la reprise. Une première piste sera donnée le 23 avril à l’occasion d’un sommet de l’Union.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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