Publié le 20 septembre 2021

ENVIRONNEMENT

Le manque d’engagement des pays sur les émissions de CO2 conduit le monde à un réchauffement de 2,7°C, alerte l’ONU

À quelques semaines de la prochaine COP26 sur le climat, l’ONU s’alarme. Les pays, qui devaient prendre de nouveaux engagements en matière d’émissions de CO2, tardent. Si 113 pays ont renforcé leurs ambitions, cela concerne moins de la moitié des émissions mondiales. En l’état, le monde va largement dépasser l’objectif de réchauffement maximum de 2°C, voire 1,5°C, fixé par l’Accord de Paris.

Emissions CO2 FranckWagner
Vues les ambitions de chaque État, le monde est engagé sur une trajectoire de réchauffement de 2,7°C selon l'ONU.
@FranckWagner

Cela fait des années que des appels à l’engagement des pays se succèdent et s’accroissent. Mais trop peu, trop lent, alerte une nouvelle fois l’ONU à six semaines de la COP26 à Glasgow. Les engagements déposés par les États signataires de l’Accord de Paris mènent le monde à un réchauffement de +2,7°C, très loin de l’objectif de 1,5°C espéré pour limiter ses retombées destructrices, s’est alarmée l’organisation internationale.

Lors de la présentation du rapport évaluant les engagements nationaux de 191 pays, publié vendredi 17 septembre, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a évoqué "un chemin catastrophique". "L’échec à respecter l’objectif (de 2°C, voire 1,5°C, ndr) se mesurera à l’aune du nombre de morts et de moyens de subsistance détruits", a-t-il insisté, en appelant tous les gouvernements à proposer des engagements plus ambitieux.

113 pays engagés

En vertu de l’Accord de Paris, chaque pays devait réviser d’ici à la fin 2020 sa "contribution déterminée au niveau national", dit NDC. Mais au 30 juillet 2021, seuls 113 pays, représentant moins de la moitié des émissions mondiales de gaz à effet de serre (49 %), avaient effectivement déposé leurs engagements révisés. Avec ces nouvelles promesses, les émissions de ces pays, dont les États-Unis et l’UE, seraient réduites de 12 % en 2030 par rapport à 2010. Une "lueur d’espoir", veut croire Patricia Espinosa, responsable climat à l’ONU.

Mais "dans l’ensemble, les chiffres des émissions de gaz à effet de serre vont dans la mauvaise direction", a-t-elle déploré. Le monde est en effet loin du compte. Pour tenir les objectifs climatiques, il faudrait réduire les émissions de 40 % d’ici à 2030. Mais en l’état, vu l’ensemble des engagements – révisés ou non – des 191 pays, les émissions devraient augmenter de 16 % en 2030 par rapport à 2010.

Cet écart dramatique met encore plus la lumière sur le dernier rapport des scientifiques du Giec. Il mettait déjà en garde contre le risque d’atteindre le seuil de 1,5°C autour de 2030, dix ans plus tôt qu’estimé, menaçant l’humanité de désastres sans précédent. Dans ce contexte, "la COP26 doit être un succès", a insisté Patricia Espinosa. Elle a appelé les États à négocier en étant "poussés pas uniquement par le désir légitime de protection de leur intérêt national mais aussi par l’objectif de contribuer au bien-être de l’humanité".

La place clé de la Chine

Une nouvelle évaluation, la dernière avant la COP26, sera réalisée fin octobre. Patricia Espinosa espère de nouveaux engagements. "Nous devons agir, nous tous, nous devons agir maintenant", a déclaré de son côté le président américain Joe Biden au début d’un sommet virtuel avec neuf dirigeants étrangers. "Pour ceux qui ne l’ont pas fait, le temps presse", a-t-il ajouté, appelant à la "plus grande" ambition.

L’attention est notamment tournée vers la Chine, responsable de plus d’un quart des émissions mondiales de CO2. Le président Xi Jinping a annoncé il y a un an viser la neutralité carbone d’ici à 2060 et un pic d’émissions "autour de 2030", mais sans réviser sa NDC. Et il est très clair qu’aujourd’hui, sans Pékin les objectifs mondiaux sont inatteignables.

Ludovic Dupin avec AFP


© 2022 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Climat

Les alertes sur le changement climatique lancées par les scientifiques conduisent à l’organisation de sommets internationaux, à la mise en place de marché carbone en Europe mais aussi en Chine. En attendant les humains comme les entreprises doivent déjà s’adapter aux changements de climat dans de nombreuses parties du monde.

Tudiants grandes ecoles pollution 02

Polytechnique, AgroParisTech, ENS… Quand les futures élites claquent la porte

Après la vidéo virale des "ingénieurs qui bifurquent" d'AgroParisTech appelant leurs camarades à "déserter", c'est au tour des Écoles normales supérieures de se mobiliser pour que "la pratique scientifique" s'aligne sur "les enjeux impérieux de ce siècle", à savoir l'urgence écologique et sociale....

Canicule chaleur extreme pakistan AAMIR QURESHI AFP 01

Pakistan, Mexique, Égypte… Le monde suffoque sous des températures extrêmes

+51°C au Pakistan, +48°C au Mexique, +46°C en Égypte. Partout dans le monde, des températures historiques sont enregistrées, menaçant la santé humaine, l’approvisionnement en eau, les récoltes futures et même la biodiversité, qui ne résiste pas à une chaleur si accablante. Du côté de l’Hexagone, un...

Elisabeth borne premiere ministre matignon investiture CHRISTIAN HARTMANN POOL AFP

Ces chantiers écologiques qui attendent la nouvelle Première ministre, Élisabeth Borne

La cheffe de gouvernement devra être "attachée à la question sociale, à la question environnementale et à la question productive", a récemment promis le Président qui a multiplié les annonces en matière d’écologie depuis sa réélection. Ces intentions doivent se concrétiser à Matignon mais aussi lors...

Muhammad FAROOQ AFP australie

Inondations, incendies, méga-sécheresse... Quand l'Australie devient inassurable

Frappée de plein fouet par le changement climatique, l'Australie fait face à une "crise d'assurabilité", estiment des chercheurs dans une nouvelle étude. Le prix des assurances des propriétés en zone à risque va exploser les prochaines années, devenant inaccessible pour une grande partie de la...