Publié le 07 août 2018

ENVIRONNEMENT

"Terre-étuve" : le scénario catastrophe d'un point de non-retour pour la planète

La transition vers une économie verte est plus que jamais urgente pour la Terre, la pollution due aux énergies fossiles risquant de pousser la planète Bleue dans un état durable et dangereux "d'étuve", ont alerté lundi 6 août des chercheurs internationaux. Ils évoquent la notion de point de non-retour.

La tempête Maysak avait touché les Philippines en 2015. Elle est la plus puissante tempête hors saison à avoir été observée.
@nasa

Si les calottes polaires continuent de fondre, les forêts d'être décimées et les émissions de gaz à effet de serre de battre chaque année des records, la Terre va franchir un point de rupture. Un basculement qui pourrait intervenir "dans quelques décennies seulement", ont prévenu des scientifiques dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

Passer ce seuil signifie, selon eux, "une température de 4 à 5 degrés Celsius plus élevée qu'à la période préindustrielle et un niveau de la mer 10 à 60 mètres plus haut qu'aujourd'hui".  "Une Terre étuve est probablement incontrôlable et dangereuse pour beaucoup", selon les conclusions de scientifiques de l'université de Copenhague, de l'Université nationale australienne et de l'Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique en Allemagne.

0,17 degré par décénnie

Les rivières déborderaient, les ouragans feraient des ravages sur les côtes et les récifs de corail disparaîtraient, le tout avant la fin de ce siècle, voire plus tôt. Les températures moyennes mondiales dépasseraient celles de toute période interglaciaire, depuis 1,2 million d'années.

La fonte des calottes polaires provoquerait à elle seule une hausse très importante du niveau des océans, engloutissant des régions côtières où habitent des centaines de millions de personnes. "Des endroits sur Terre deviendront inhabitables si la « Terre étuve » devient une réalité", met en garde Johan Rockström, directeur du Stockholm Resilience Centre.

Les chercheurs suggèrent que le point de rupture pourrait être atteint lorsque la température de la Terre sera supérieure de 2 degrés à celle de l'ère préindustrielle. Elle l'est déjà d'un degré et continue d'augmenter à un rythme de 0,17 degré par décennie.

Point de non-retour

"Un réchauffement de 2 degrés pourrait activer d'importants éléments de rupture, augmentant ainsi encore davantage la température ce qui pourrait activer d'autres éléments de rupture par un effet domino qui pourrait entraîner la Terre vers des températures encore plus élevées", prévient le rapport.

Cette étude a exploité de précédents travaux scientifiques sur les points de rupture de la Terre. Les chercheurs ont examiné des périodes lointaines, comme l'ère du Pliocène il y a cinq millions d'années quand le niveau de CO2 dans l'atmosphère était de 400 parties par million (ppm), comme aujourd'hui.

Durant la période du Crétacé - l'ère des dinosaures - il y a quelque 100 millions d'années, le CO2 a même atteint 1 000 ppm en grande partie à cause de l'activité volcanique. Déterminer qu'une hausse de 2 degrés est un point de non-retour "est nouveau", selon Martin Siegert, co-directeur du Grantham Research Institute on Climate Change de Londres, qui n'était pas impliqué dans l'étude.

Inertie dangereuse

Il est nécessaire de changer immédiatement de mode de vie pour protéger la Terre, ont averti les chercheurs, expliquant que les énergies fossiles devaient être remplacées par des sources à faibles, voire sans, émissions de CO2.

Ils ont aussi préconisé une meilleure gestion des sols, de meilleures pratiques agricoles, la protection des terres et des côtes ou encore le développement de techniques de capture du CO2, planter des arbres et arrêter la déforestation.

Mais, même en cas d'arrêt des émissions de gaz à effet de serre, la tendance actuelle de réchauffement pourrait déclencher d'autres processus du système terrestre - appelés rétroactions -, faisant davantage monter les températures. Parmi ces processus : fonte du pergélisol, déforestation, absence de couverture neigeuse dans l'hémisphère nord, de banquise et de calottes polaires.

La Rédaction avec AFP


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